« Drôles d’oiseaux » Lolita Chammah et Jean Sorel s’aiment en dehors du temps [Critique]

28 mai 2017 Par
Olivia Leboyer
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A quelques heures du palmarès cannois, rappelons que certains films, sans passer par la Croisette, peuvent à vol d’oiseau nous toucher par surprise. Mercredi 31 mai sort ce Drôles d’oiseaux ouaté et charmant, à découvrir.

Drôles d’oiseaux se présent délibérément comme un film atypique. Le titre l’indique explicitement, sur un mode métaphorique et littéral : les deux personnages centraux vivent un peu en marge, mais de vrais oiseaux, frappés par un mal mystérieux, tombent du ciel pour mourir en plein Paris. Si les oiseaux ne se cachent pas pour mourir, le couple désassorti formé par Mavie (Lolita Chammah, que l’on a récemment adorée aux côtés de Benjamin Biolay dans Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur), jeune et nonchalante, et Georges (Jean Sorel, l’acteur de Belle de Jour de Luis Bunuel), un libraire dans l’automne de l’âge, s’aiment dans une sorte d’espace-temps dilaté aux dimensions du rêve.

Elise Girard réussit à nous faire sentir, au-delà d’une simple question de différence d’âges, l’ouverture d’une véritable faille temporelle. Dans l’imagination, l’amour trouve un terreau pour fleurir en liberté. Si Mavie et Georges étaient nés ailleurs et à un autre moment, leur histoire aurait eu lieu. Dans les circonstances présentes, elle existe mais sans avoir de lieu. Les endroits sont exigus : la petite librairie idyllique du quartier latin, le petit restaurant de la rue Christine, l’habitacle d’une voiture, un petit jardin secret dont le nom n’est pas dévoilé, une petite chambre de bonne à peine de taille à accueillir la jeune fille et son chat. Et, à rebours, les pages infinies des romans, les écrans de cinémas, où tout peut s’écrire.

Mavie et Georges pourraient s’aimer comme tout le monde (la meilleure amie de Mavie, incarnée par la sensuelle Virginie Ledoyen, quitte rarement son lit et son amant), mais ils préfèrent s’avouer leurs sentiments sans franchir le seuil du rêve amoureux. Pas par crainte du regard des autres : personne ne les remarque. Entre eux, physiquement, l’écart ne choque pas : Jean Sorel est encore bien séduisant, et Lolita Chammah possède une beauté douce et grave, assez atemporelle. Mavie hésite entre plusieurs possibles et passe son temps d’un café à l’autre, à lire et écrire, mais seulement pour elle. Georges tient une librairie mais refuse avec une animosité comique l’intrusion des clients. L’argent, tous deux semblent s’en soucier à peine. On voit les liasses de billets transiter de l’un à l’autre, sans gêne, car il faut bien vivre. C’est dans la solitude et le calme qu’ils s’épanouissent, sans dépendre de personne.

Alors, le film joue, de manière ludique et référencée, sur les sauts temporels, la mémoire des lieux, les silences et les jeux de mots. Spectactrice de sa vie, chenille en attente, Mavie diffère l’instant de passer à l’âge adulte. Ces hésitations, ces doutes, Georges les comble. Son regard sur la jeune fille n’a rien de paternel, mais a des vertus formatrices.

Une histoire d’amour et de transmission, dans un Paris hors du temps, doux et mystérieux, encore sublimé par un très beau thème musical de Bertrand Burgalat.

Drôles d’oiseaux, d’Elise Girard, France, avec Lolita Chammah, Jean Sorel, Pascal Cervo, Virginie Ledoyen. Sortie le 31 mai 2017.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.