[Critique] « Ce sentiment de l’été » ou comment font les gens, film solaire et pudique de Mikhaël Hers

24 janvier 2016 Par Olivia Leboyer | 0 commentaires

Petits arrangements avec les morts, pour Pascale Ferran, Ce sentiment de l’été pour Mikhaël Hers, qui filme le passage des saisons, l’absence criante et le vide en s’approchant au plus près des sensations. Baigné dans une douce lumière d’été, le sentiment de la perte se modifie sensiblement, d’un été à l’autre. Un très beau film, à découvrir dès le 17 février.

Note de la rédaction :

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Le film s’ouvre sur une belle endormie, qui sort du lit commun, prend son petit-déjeuner, s’habille, sort de l’appartement berlinois, travaille dans son atelier, ressort et, soudain, au milieu d’une pelouse, silhouette indigo, s’écroule, morte.

Le reste du film, nous suivrons les autres personnages, ceux qu’elle a laissés en plan. Son amoureux, l’américain Lawrence (Anders Danielsen Lie, l’inoubliable acteur d’Oslo, 31 août), sa petite sœur Zoé (Judith Chemla, gracile et forte à la fois), ses parents (Marie Rivière et Féodor Atkine, un peu à la périphérie du film et, toujours, bouleversants).

Car l’intrigue se resserre sur les quelques rencontres, d’un été à l’autre, entre Lawrence et Zoé. Au départ, l’échange n’est pas évident. Lawrence l’avoue à sa sœur, il a même du mal à regarder Zoé, qui lui rappelle trop Sasha, la disparue (Stéphanie Dréhel, déjà présente dans Memory Lane, le premier film de Mikhaël Hers). Peu de dialogues, mais des jeux de regards, des fous rires déplacés, des conversations à bâtons rompus, comme dans la vie. Le colmatage de la tristesse se bricole, un peu n’importe comment. Surtout, la mort de Sasha révèle aussi aux autres l’urgence à vivre. La trentaine, Lawrence ou Zoé n’ont pas de situation établie, ni même de réel projet de vie à long terme.

Un peu traducteur, un peu écrivain, Lawrence flotte, incertain et malheureux. Zoé, fermement arrimée à un mari solide et aimant (Thibault Vinçon, que l’on suit avec plaisir, de Memory Lane aux Amitiés Maléfiques ou au Sentiment de la chair) et à un petit garçon, n’a pas de métier bien défini et sent, d’un coup, la nécessité de couper les ponts avec sa vie d’avant. Il faut réapprendre, se laisser de nouveau apprivoiser par la vie, par les gens.

Certains personnages, à l’écart du drame, nous touchent par leur vague-à-l’âme : ainsi, l’ami Thomas (Josh Safdie), qui a du mal à avouer son boulot de vendeur de burgers auquel, évidemment, il ne se réduit pas, mais qui le stigmatise. Ou bien cette belle jeune femme, très solaire, Ida (Dounia Sichov) qui, à trente ans passés, vend des vêtements dans une friperie. Ces légères difficultés à vivre, Mikhaël Hers les aucultent avec pudeur, dans la lumière enchantée de l’été, au pouvoir guérisseur.

Comme les coquilles des escargots, la douleur finit par se réparer, en laissant des traces, mais sans bruit inutile. D’une ville à l’autre, Berlin, Paris (et son douxième arrondissement, filmé ici avec amour), New York et sa douceur de vivre, ces paysages familiers sont tout imprégnés de sentiments pour les personnages et pour nous.

On pense un peu aux Chansons d’amour de Christophe Honoré, qui traitait de la perte d’une bien-aimée avec la même délicatesse ensoleillée. Pas de chansons ici, mais une superbe musique (Davide Stanze « Tahiti Boy » et mac de Marco). Les regards entre Anders Danielsen Lie et Judith Chemla exercent un pouvoir salvateur, bénéfique.

Ce sentiment de l’été, de Mikhaël Hers, 1h46, France, avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière, Féodor Atkine, Dounia Sichov, Stéphanie Déhel, Lana Cooper, Thibault Vinçon, Laure Calamy, Timothée vom Dorp, Jean-Pierre Kalfon, Marin Ireland, Josh Safdie, Mac de Marco. Sortie le 17 février 2016.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.


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