[Critique] « Une femme fantastique » magnifique portrait d’une femme transgenre

8 juillet 2017 Par
Olivia Leboyer
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L’ours d’argent de la Berlinale, Sebastien Lelio l’avait déjà remporté pour Gloria, beau portrait d’une sexagénaire affirmant sa féminité et son envie envers et contre tout (crise économique et lâchetés des hommes). Rebelote avec Une femme fantastique, avec un deuxième ours d’argent et un portrait fort et émouvant : Marina est une femme transgenre, sans cesse renvoyée à son identité par une société encore étriquée. Le film sort le 12 juillet : hautement recommandé.

Sur l’affiche, nous voyons une très belle femme, mâchoire un peu carrée, pâleur et regard mélancoliques. Dans la première scène, nous suivons Orlando (Francisco Reyes), un homme d’âge mûr, élégant, qui rejoint cette femme après son tour de chant, pour un dîner tranquille en amoureux. Ce que nous percevons d’abord, c’est la différence d’âge et l’intimité, forte et naturelle, qui les lie. Un couple comme un autre, qui projette des vacances, un emménagement, en confiance. A peine remarque-t-on, que, pendant l’amour, la femme présente son dos. Car Marina (Daniela Vega) nous le comprenons au bout d’un quart d’heure, est transgenre.

Cette identité qu’elle assumait avec aisance lui est brutalement renvoyée lorsque, aux petites heures du matin, Orlando meurt subitement. C’est Marina qui le conduit à l’hôpital, le plus vite possible. Auparavant, Orlando avait chuté dans l’escalier et son corps est couvert d’ecchymoses. Il n’en faut pas plus au médecin, puis aux proches d’Orlando, pour regarder Marina avec suspicion. Au courant de la liaison entre Orlando et Marina, la famille désapprouvait. L’ex-femme, le fils, parlent à Marina avec une grossièreté à peine consciente, révoltante, lui demandant « ce qu’elle est », lui déniant presque le statut de personne. Monstre, hybride, son identité se trouve scrutée, questionnée. Sommée de se déhabiller pour un examen clinique, de décliner son identité avec son prénom masculin d’origine, de quitter l’appartement commun, de restituer la voiture,le chien,  Marina se voit dépouillée comme si cela allait de soi. On lui refuse même, évidemment, le droit d’assister aux funérailles.

Glaçant, le processus semble implacable : la société expulse Marina, élément dérangeant, hors normes. D’abord un peu anesthésiée par le chagrin, Marina décide d’affirmer sa singularité. Elle est une très belle femme, à la voix de castra, qui charme sans provoquer. Car Marina vivait son identité de manière paisible, heureuse. On le devine, elle a dû, certainement, subir d’autres opprobres par le passé. Mais, à trente sept ans, elle pensait avoir trouvé sa place. Alors, avec pudeur, courage et classe, Marina va s’appliquer à montrer aux autres qu’elle n’a aucune raison de s’effacer.

Lors d’une très jolie scène, Marina marche dans la rue, silhouette élégante, et croise soudain des vitriers portant une grande glace : son reflet, tremblotant, la renvoie à sa fragilité. La tristesse, la mélancolie, se reflètent, mais aussi cette beauté troublante qu’elle a conquise et qui, en dépit du malheur, la porte vers la vie et l’avenir.

Une femme fantastique, de Sebastien Lelio, Chili, 104 minutes, avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco, Aline Kuppenheim, Nicolas Saavedra, Amparo Noguera. Sortie de 12 juillet 2017.

visuels: affiche, photo et bande annonce officielles du film.