[Critique] « Toto et ses sœurs » : conte documentaire poignant sur le destin d’une fratrie rom

10 janvier 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Alexander Nanau réalise le chef d’œuvre de ce début d’année. Toto et ses sœurs est un documentaire poignant basé sur un travail d’un an en immersion auprès d’une famille rom d’un quartier déshérité de Bucarest. Un film qui dépasse le statut de témoignage pour nous raconter le destin d’une fratrie, prenant la forme d’un conte réaliste optimiste sur l’enfance. Un très grand moment de cinéma qui prend aux tripes et marque durablement.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Au cœur d’une famille rom en pleine désintégration, émerge la figure de Totonel, 10 ans, dit Toto. Avec passion il apprend à lire, écrire et danser. Surtout danser et gagner le grand concours de Hip Hop. Au milieu du chaos ambiant, ses deux sœurs essayent de maintenir le mince équilibre de la famille. Le récit cinématographique d’Alexander Nanau enregistre sans pose, à hauteur d’Homme, la vie de Toto et de cette famille qui manque de tout, sauf d’humour et d’amour.

Toto et ses soeurs est un choc que l’on n’attendait pas en ce début d’année. Alexander Nanau réalise un très grand film, tant sur le fond que la forme, en inventant un hybride bouleversant entre documentaire et fiction. Le réalisateur roumain a passé un an en immersion aux côtés d’une fratrie rom des bas-fonds de Bucarest. Un jeune garçon, Toto, et ses deux sœurs, qui vivent dans une précarité absolue et s’auto-gèrent en l’absence de leur mère qui purge une peine de prison. Le documentariste ne se met pas en scène, ne commente pas, n’utilise pas de voix-off pour nous faire vivre le destin de cette famille qui tente de s’en sortir comme elle le peut. Les premières séquences sont d’une incroyable brutalité. Nous mettant face à des conditions de vie insoutenables, un environnement social et familial détruit par la drogue, un appartement dépotoir où gravitent des camés qui se piquent à l’héro sur le même canapé qu’un enfant. Toto et ses sœurs nous apporte ce témoignage, aussi difficile soit-il, mais ne cherche en aucun cas à faire du social-trash. Car l’ambition est toute autre, un projet de Polisse inversé, qui amène le documentaire vers la fiction, en racontant le destin d’une fratrie.

Un parcours qui s’appuie sur des choix, une capacité à encaisser, à essayer de se battre, à retrouver une perspective. Alors que l’on est encore mineur. Le cinéaste pose sa caméra dans l’appartement, le parloir, le centre éducatif, la rue et donne aussi la possibilité à la famille de se mettre en scène. A travers des témoignages face caméra et des images qu’ils filment eux mêmes. Cette forme hybride qui efface la frontière entre réalité et fiction amène une charge émotionnelle que l’on ne contrôle pas. Le documentaire devient alors un conte réaliste, parfois désenchanté, parfois optimiste. Où l’émancipation du jeune Toto passe par le hip-hop, discipline dans laquelle il excelle naturellement. Où le destin des deux sœurs prend des chemins irréconciliables. L’ainée échouant à sortir de la drogue, s’embarquant dans une descente aux enfers dont elle ne pourra sortir. La cadette refusant de céder, prenant le rôle de sa mère alors qu’elle n’est qu’un ado, pour protéger son frère et s’en sortir. La violence sociale est partout, la dureté émotionnelle parfois insoutenable. Mais les moments de complicité et de joie de Toto et de sa sœur apportent une lumière d’autant plus salutaire, dégageant une véritable forme d’espoir. Difficile d’écrire ce que l’on ressent en regardant ce témoignage renversant et marquant. Allez-le découvrir par vous même.

Gilles Hérail

Toto et ses sœurs, un documentaire roumain d’Alexander Nanau, durée 1h34, sortie le 06/01/2016,

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film


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