[Critique] Préjudice, un huis-clos poignant signé Antoine Cuypers

5 février 2016 Par Aurélie David | 0 commentaires

Préjudice, premier long-métrage d’Antoine Cuypers et Prix du Public lors de la 28e édition du festival Premiers Plans, est un drame qui retrace, le temps d’une soirée, une crise familiale qui nous saisit du début à la fin. Une réussite ! Notre critique. 

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Lors d’un repas de famille, Cédric, la trentaine, vivant toujours chez ses parents, apprend que sa soeur attend un enfant. Alors que tout le monde se réjouit de cette nouvelle, elle provoque chez lui un ressentiment qui va se transformer en fureur.

 

Après deux courts-métrages réalisés en 2012, A new old story et Que la suite soit douce, Antoine Cuypers revient à la réalisation avec un premier long-métrage, Préjudice, une réussite en tout point. Durant une heure et quarante-cinq minutes, pas le temps de s’ennuyer. À la première image et aux premières notes de musique, un étrange climat s’installe à l’écran et ne nous quitte pas avant la fin du film. Préjudice dépeint l’histoire d’une famille que tout semble unir. Il y a la mère, Alain le père, la fille Caroline et le fils Cédric. Gravitent autour d’eux, l’aîné de la famille, deux conjoints et un petit-fils. Mais au cours d’une soirée, un événement va bouleverser cet équilibre familial. Lorsque Caroline annonce sa grossesse, Cédric est le seul dont cette nouvelle ne réjouit pas. Se sentant une nouvelle fois laissé pour compte, il décide de rétablir le préjudice dont il est victime.

La mise en scène en huis-clos renforce cette montée de tension que l’on sent s’accumuler depuis le début du film. Des pics d’humour noir, qui nous font sourire, parfois même éclater de rire, parcourent cette trame bien ficelée et centrée autour du personnage inquiétant de Cédric, interprété brillamment par Thomas Blanchard (Pas de repos pour les braves d’Alain Guiraudie, Memory Lane de Mikhaël Hers). Quant à Nathalie Baye, (Césarisée pour Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard, Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre, La Balance de Bob Swaim et Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois), elle excelle dans ce rôle de mère qui la pèse. Glaciale et impassible du début à la fin, elle impose à l’écran, comme elle sait si bien le faire. Apprécions également les présences du chanteur et acteur belge Arno Hintjens, dans un rôle de père désabusé et totalement soumis aux décisions de son épouse, et d’Ariane Labed (Fidelio, l’odyssée d’Alice de Lucie Borleteau, The Lobster de Yórgos Lánthimos), une sœur, nerveuse, puis complètement hystérique, à qui l’on vole la vedette le temps d’une soirée, mais au final depuis toute sa vie.

Puis vient l’éclatement : celui d’une colère enfouie depuis tant d’année de la part d’un fils se sentant prisonnier et incompris dans sa propre famille, puis celui d’une frustration d’une femme dont le poids d’être mère la ronge depuis trente ans. Ainsi, c’est l’éclatement du mal-être de toute une famille qui apparaît à l’écran. Après cette crise, s’ensuit non une accalmie, mais plutôt un retour à une tension sourde, qui n’a de cesse d’envelopper cette famille. Un film qui soulève, avec justesse, la question, parfois tabous, de préférence entre enfants de la part de parents désemparés, mais aussi les questions du handicap, des méthodes d’éducation et de la gestion de crises familiales. Préjudice, un drame qui ne nous laisse aucun répit et un premier long-métrage plein de promesses pour la suite, d’une longue carrière on l’espère, du jeune réalisateur Antoine Cuypers.

Préjudice, un drame belge, luxembourgeois et néerlandais d’Antoine Cuypers avec Nathalie Baye, Arno Hintjens et Thomas Blanchard. Durée 1 h 45. Sortie le 3 février 2016. 

Visuels : © Affiche et Bande-annonce officielles du film.


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