[Critique] L’Opéra de Jean-Stéphane Bron chouchou du jury presse documentaire du Festival2Valenciennes

17 mars 2017 Par
Yaël
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On avait laissé Jean-Stéphane Bron aux prises avec le charismatique leader d’extrême-droite, Christian Blocher et on le retrouve dans le bureau du directeur, Stéphane Lissner, au sommet de l’Opéra. Lui-même œuvre totale, version film, son documentaire L’Opéra s’attaque à l’immense machine avec une grâce et une dextérité qui ne peuvent que faire fondre. Porté par la photographie de Blaise Harrisson et jouant avec maestria de la musique, des corps, de l’individuel et du collectif L’Opéra est un chef d’œuvre primé à Valenciennes. Bravo maestro !

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Alors que sur le toit de la Bastille, on hisse le drapeau, dans le bureau du directeur de l’opéra, un panel de communicants se concerte : on doit annoncer la saison. Qu’est-ce qui est in et qu’est-ce qui est out à dire aux médias sur l’Opéra ? La saison 2015-2016 est lancée et on la suit par ses spectacles : ballets classiques (La Bayadère) ou opéras grandioses (Moïse et Aaron, avec un an de répétition pour le chœur et carrément un taureau sur scène) mais aussi par les répétitions de l’orchestre sous la houlette de Philippe Jordan, les jeunes talents lyriques, à travers le personnage du baryton russe Mikhail Timoshenko, les enfants qui jouent la 7e de Beethoven à l’auditorium et aussi les solistes stars (Terfel, Peretyatko) et le quotidien des chœurs, maquilleurs, costumiers, techniciens, équipes de nettoyages, régisseurs…. Qui font la vie de l’Opéra…

Dans ce documentaire où le bâtiment emblématique des années Mitterrand – aussi de la superbe de la République, est le personnage principal, se projeter dans une saison de l’Opéra, c’est comme suivre un gros animal dont l‘ensemble des parties doit être coordonné pour que la vie soit possible. Show must go on, peu importe ce qui se passe à l’extérieur : les grèves ou les événements du 13 novembre et à l’intérieur, un chanteur wagnérien souffrant ou le départ du directeur du ballet Benjamin Millepied. Dans cet univers holiste où la grosse machine transforme tout ce qui se passe en une partie de son ADN pour continuer à fonctionner, Bron met tout un chacun sur un pied d’égalité sans jamais abandonner l’artifice et la magie à la Wiseman. La danseuse étoile et la jeune assistante qui vient lui apporter de l’eau et des mouchoirs à sa sortie de scène participent à cette magie et elles sont autant spectatrices qu’actrices des grands rouages à rêves de l’Opéra de Paris. Malgré ses fauteuils clubs et la vue toujours un peu grise sur Paris, le directeur est autant équilibriste que marionnettiste. Et dans ce cadre cyclique, quasi-naturaliste, entre histoire, mémoire et pilote automatique, l’on passe par une kyrielle d’émotions : rire, larmes, beauté des voix, empathie pour les corps qui tiennent et qui s’effondrent une fois sortis de scène… On aimerait que le film continue et dure, tant on ne sait où ces émotions diverses nous mènent. Avec sa caméra infiltrée dans tous les recoins de la Bastille, Stéphane Bron a humanisé cette grande machine à artifice qu’est l’Opéra. Après avoir vu la lumineuse beauté du travail d’équipe, même les critiques les plus rétifs à se laisser emporter par un plaisir si travaillé et si coûteux, ont envie d’aller voir un spectacle à la Bastille.

Stéphane Bron, L’Opéra,1h50, Les films du Losange, Sortie le 5 avril 2017.
Visuels : photos officielles.


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