[Critique] « Les Innocentes » : Anne Fontaine interroge la foi et la féminité

14 février 2016 Par Gilles Herail | 1 commentaire

Le nouveau film d’Anne Fontaine nous replonge dans un fait divers sordide de la seconde guerre mondiale pour interroger la foi et la féminité. Les innocentes dépasse son cadre formel classique pour aborder des questions profondes. En révélant une actrice très talentueuse, Lou de LaâgeNotre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Pologne, décembre 1945.Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise. D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher.

Anne fontaine continue d’explorer la féminité et les destins de femmes après Gemma Bovery, Perfect Mothers, Coco avant Chanel, La fille de Monaco et Nathalie. La réalisatrice s’est inspirée d’un fait divers glaçant pour son nouveau film qui nous replonge dans les démons de la Pologne d’après-guerre. Évoquant en arrière-plan les blessures du conflit mondial, l’occupation revancharde des russes, le poids du conservatisme culpabilisateur de l’église catholique et le tabou du ghetto de Varsovie. La cinéaste a souhaité une approche plus émotionnelle qu’historique, prenant ses distances avec la reconstitution fidèle pour adopter un regard plus moderne sur son sujet. Les innocentes s’invite dans un couvent marqué par le sceau du secret et de la honte. Une enceinte imprégnée par le traumatisme collectif de sœurs victimes de viols de guerre perpétués par les soldats russes. Une blessure intime irréparable à laquelle s’ajoute un dilemme moral qui remet en cause le cœur même de leur existence. Un vœu de chasteté souillé par l’agresseur, que les enfants qu’elles portent en elles leur rappellent à chaque instant.

L’histoire, inspirée de faits réels, permet d’explorer des questions sensibles et profondes sur la féminité, la maternité, le trauma du viol et la violence symbolique du dogme religieux. La mise-en-scène intègre les codes de films de monastère, captant l’étrangeté et le mystère qu’inspirent naturellement ces lieux sombres, de silence et de non-dits. Anne Fontaine se refuse cependant à alourdir un sujet déjà très sombre, grâce à un très beau personnage de femme incarné par Lou de Laâge. Une jeune interne française, libre, moderne, ayant choisi de s’engager au sein de la Croix-Rouge à la fin de la guerre. Une fille de communistes, athée, qui va progressivement se prendre d’affection pour ses sœurs dont la vie se retrouve bouleversée, sans échappatoire possible. Le scénario capte des questionnements profonds, sur les failles mais aussi les joies de la foi. Le poids de la culpabilité et le jusqu’au-boutisme fervent d’une mère supérieur qui peine à discerner le bien du mal. Le difficile retour à la vie de femmes à jamais marquées par un drame qui sera l’occasion pour certaines de repenser leur engagement religieux.

Les innocentes s’échappe parfois de la chape de plomb du couvent pour laisser place à des moments plus légers. Où le personnage interprété par Vincent Macaigne, qui apporte la distance et l’ironie mélancolique qui le caractérisent, tente tant bien que mal de séduire l’héroïne dans l’ambiance envoûtante d’un bar de quartier. Les innocentes reste un « film de fait-divers » classique, qui se laisse avant tout porter par son sujet passionnant. Mais Anne Fontaine réussit à tirer une essence plus profonde, sans tomber dans le glauque. Un film émouvant et plein d’intelligence.

Gilles Hérail

Les innocentes, un drame historique franco-polonnais d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, durée 1h55, sortie le 10/02/2016

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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COMMENTAIRES:

  1. Vincent Dieudonné

    Une pure merveille, où de vraies questions de fond sont traitées en trois mots et deux plans… Et un vrai « classique », dont on ressort plus universel que jamais.

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