[Critique] « Les Huit salopards » : Tarantino continue de revisiter le Western avec génie

5 janvier 2016 Par Yaël | 1 commentaire

Après la chevauchée folle de Django Unchained (voir notre article), Quentin Tarantino continue à revisiter le mythe de l’Ouest américain dans des costumes, un Colorado et un 70 mm parfait, pour mieux actualiser son héritage à grands renforts d’hémoglobine. Divinement intelligent, cadré, fou, irrévérencieux et politique. Chapeau bas au maître. Sortie le 6 janvier 2016.

Note de la rédaction :

Grande croix gothique, musique de Morricone et ciel qui se couvre, sur le chemin de la ville de Red Rock où il doit livrer la criminelle Daisy Domergue (come back acclamé de Jennifer Jason Leigh) au bourreau, John Ruth (Kurt Russel, grandiose) rencontre un autre chasseur de prime, le major Marquis Warren (Samuel L. Jackson) nordiste au courage mythique et qui aurait eu une correspondance avec Abraham Lincoln pendant la Guerre.

Ce dernier préfère livrer ses criminels morts pour être sûr de se faire payer et charge les corps de ces derniers dans la diligence de Ruth. Quelques kilomètres plus loin, c’est le nouveau shérif de Red Rock (Walton Goggins) qui se joint à eux dans la diligence. La tempête menace et le cortège doit faire une pause de quelques jours dans l’auberge de Minnie, un relais d’étape isolé. Là, ils découvrent que Minnie et son mari ne sont plus sur place mais que Bob le mexicain garde les lieux, qui sont déjà occupés par trois voyageurs : Oswaldo Mobray, le bourreau de Red Rock (Tim Roth, délicieux), le conducteur de troupeaux Joe Gage et le général sudiste et raciste Sanford Smithers. Très suspicieux que l’on tente de le tuer pour libérer son otage vivante, John Ruth désarme tout le monde. S’ensuit un huis clos dans la grande mercerie où la méfiance, les dialogues, puis la violence fusent…

Filmé entièrement dans le sud du Colorado, structuré en 6 chapitres dont 4 dans une seule pièce comme une tragédie et donc une pièce de théâtre, Les Huit salopards joue des flash-backs et des zooms avec une maestria cinématographique bluffante. Faussement studieux mais toujours très savant de tout l’authentique attirail des westerns, Tarantino recycle le 70 mm, réintègre les surtitres et l’entracte, et emploie Enio Morricone (et James White) pour une BO ultra-léchée dans une fresque historique aux costumes et trognes parfaitement travaillés.

Rien à dire des acteurs qui sont tous géniaux, Samuel L. Jackson en tête. Quant aux dialogues, ils sont d’une finesse et d’une précision incroyables et servent – de même que la violence spaghetti qui monte très régulièrement avec rythme et humour – un propos proprement politique sur des sujets fondateurs pour les Etats-Unis. Côté western, on trouve évidemment les grands mythes violents du frontier et de la légitime défense. Et côté Guerre de Sécession, Tarantino est tout schuss sur le racisme et la nature de la démocratie. Même dans la version « courte » (2h48 en salles, soit 20 de moins que la version roadshow), on jubile à chaque instant, regardant se dérouler un clip léché, kitsch et riche de si nombreuses références qu’on ne voit pas tous les trains passer. On en récolte autant qu’on peut : des jeux de mots, des références et des réflexions. Et l’on attend en état d’ivresse que la violence monte et explose, fracassant le cadre si léché de l’écran. Un film qui est à la fois un monument de kitsch et un moment fort de réflexion sur l’origine des Etats-Unis et qu’on a envie de se repasser dès la sortie de salle.

Les huit salopards (The hateful eight) de Quentin Tarantino, avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh, Walton Goggins, Demián Bichir, Tim Roth, Michael Madsen et Bruce Dern, USA, 2h48, SND, Sortie française le 6 janvier 2016.

Visuel : (c) DR


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COMMENTAIRES:

  1. Matthias Turcaud

    Pas d’accord du tout: j’ai trouvé ce western complaisant, ennuyeux, long, prétentieux, malsain et sinistre. Un nanar qui recycle le cinéma de Tarantino tout en oubliant ce qui en faisait le sel : l’humour.

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