[Critique] « Leave to remain » mineurs, isolés et demandeurs d’asile à Londres

14 mars 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Bruce Goodison signe un film émouvant sur le quotidien des migrants mineurs isolés au Royaume-Uni, en attente d’une décision sur leur statut de réfugié. Leave to Remain dramatise parfois trop son récit mais livre une chronique juste et sensible, portée par un casting qui mélange des têtes connues (Toby Jones) et des acteurs non-professionnels. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Trois adolescents demandent l’asile au Royaume-Uni, laissant derrière eux leur famille et leur passé dans l’espoir d’une vie plus sûre. Dans l’attente de leur statut de réfugié, ces jeunes doivent faire face au système d’asile, jeu impitoyable dominé par le hasard. Basé sur des faits réels, Leave to Remain raconte le quotidien cruel de milliers de jeunes arrivés seuls et terrifiés sur les rives anglaises. Porté par le célèbre Toby Jones, le casting est constitué de jeunes talents, la plupart étant immigrés eux-mêmes.

Issu de l’univers du documentaire, Bruce Goodison signe un long-métrage de fiction qui s’appuie sur des témoignages recueillis auprès de jeunes réfugiés. Leave to remain se veut le plus proche possible de la réalité, illustrant par l’image ces récits de vie qui ont rarement le temps d’exister sur grand écran. Le scénario se concentre sur un groupe de mineurs isolés étrangers, demandeurs d’asile en attente d’une décision sur leur statut de réfugié. Qui savent que la protection dont il bénéficie en raison de leur âge ne tiendra plus une fois franchie la barre des 18 ans. Le thème du film est forcément d’actualité, au moment où les pays européens se déchirent sur la « répartition » des migrants et la réforme du droit d’asile. Leave to remain fait oeuvre de pédagogie, en décrivant avec précision le processus de la demande d’asile. Les examens médicaux, les entretiens/questionnaires avec le « Home Office », la nécessité de prouver sa bonne intégration dans le pays d’accueil. Afin d’obtenir le fameux « leave to remain » qui leur donnera une existence légale stable.

La question des mineurs isolés est intéressante car elle illustre les contradictions du système migratoire. Qui protège les mineurs en respect des conventions internationales sur les droits des enfants. Mais se réserve le droit d’en renvoyer une partie quand ils atteignent leur majorité. Une gigantesque loterie dont on ne sait qui sortira vainqueur et place des adolescents dans une situation d’attente et d’incertitude. Alors qu’ils doivent gérer des situations de stress post-traumatique qui nécessitent un accompagnement psychologique parfois lourd. Bruce Goodison évite le manichéisme en évoquant la diversité des parcours et les arrangements avec la réalité qui peuvent être intégrés lors des interrogatoires du ministère de l’intérieur (notamment sur l’âge et l’origine). On regrette alors que la sous-intrigue sur deux personnages afghans alourdisse le propos avec une dramatisation appuyée. A voir comme une porte d’entrée accessible et émouvante pour mieux appréhender l’expérience de ces ados qui aspirent avant tout à une vie normale.

Gilles Hérail

Leave to remain, un drame de Bruce Goodison avec Toby Jones, Noof Ousellam et Yasmin Mwanza, durée 1h30, sortie le 09/03/2016

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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