[Critique] du film « Green Room » survival ultime de Jérémy Saulnier

30 avril 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Jérémy Saulnier signe un « survival » ultime, techniquement parfait, dosant savamment réalisme, explosions de violence froide, et humour pince sans-rire. Green Room assume ses côtés série B, avec son pitch « punks contre néo-nazis » mais propose un divertissement bien plus soigné que ses comparses. Du très bon cinéma de genre. Voir également notre critique cannoise

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. 

Jérémy Saulnier avait fait l’unanimité pour Blue Ruin et le cinéaste américain confirme avec Green Room qu’il fait partie des réalisateurs de film de genre les plus stimulants du moment. Le scénario part d’un pitch accrocheur qui laisse imaginer des relents de série Z.  A la suite d’un plan foireux, un groupe de punk rock va se retrouver témoin d’un meurtre dans un bar de skins et devenir la cible de néo-nazis en puissance qui veulent ardemment les éliminer. Un postulat de nanar fauché que le cinéaste parvient à transformer en film de survie tendu, parfaitement mis-en-scène, refusant la glorification de la violence et cherchant à se démarquer des films de brutes sans âme.

Les premières minutes nous embarquent avec cette bande de potes, passionnés de musique, qui écument les petites salles pour jouer leurs morceaux. Jérémy Saulnier soigne ses séquences introductive, qui rendent crédible la complicité du groupe et esquissent des pistes pour chacun des personnages principaux. Une ambition de chronique réaliste qui permet aussi de décrire sans fascination malsaine l’univers glauque et ultra-violent des skins qu’ils vont devoir affronter. Green Room gère parfaitement son rythme, accepte les temps-morts, se relance en permanence avec des ellipses bien senties et des accélérations inattendues. La mise-en-scène est tout aussi impeccable, ne cherchant pas l’effet à tout prix et revendiquant même une certaine classe.

L’écriture vient également complexifier le propos d’un film plus intelligent que la plupart des avatars du genre. Le professeur Xavier des X-men de Bryan Singer incarne un grand méchant froidement élégant, aux côtés du duo Anton Yelchin et Imogen Poots qui forme un excellent couple d’anti-héros. Les accès de violence sont souvent gores, les attaques de chiens, particulièrement sordides, mais Jérémy Saulnier réussit à maintenir une forme de distanciation. Les protagonistes n’y prennent aucun plaisir, ne révèlent pas de courage particulier et subissent surtout une situation qui les oblige à survivre. Les masques tombent, les torses se débombent, les héros deviennent mutiques et hébétés face aux horreurs commises. Une neurasthénie progressive qui ne les empêche pas, rassurez-vous, de défourailler du néo-nazi. Et permet également de glisser ici et là quelques effets de décalage et d’humour second degré bien sentis. Du très bon cinéma de genre.

Gilles Hérail

Green Room, un film de Jeremy Saulnier avec Anton Yelchin, Imogen Poots et Patrick Stewart, durée 1h36, sortie le 27/04/2016 

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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