[Critique] du film « Pentagon Papers » Spielberg déclare sa flamme féministe au journalisme

29 janvier 2018 Par
Gilles Herail
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Steven Spielberg signe un divertissement politique de bonne tenue, s’appuyant sur la solidité de Tom Hanks et Meryl Streep pour rendre un vibrant hommage au journalisme d’investigation. Tout en parlant avec intelligence de la difficulté de devenir une femme de pouvoir dans un univers profondément machiste. Grand public, pédagogique, et entraînant ! Notre critique.

Synopsis officiel : Première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham s’associe à son rédacteur en chef Ben Bradlee pour dévoiler un scandale d’Etat monumental et combler son retard par rapport au New York Times qui mène ses propres investigations.

pentagon-papers2018 nous donne la possibilité d’explorer les deux facettes de la filmographie de Steven Spielberg, alternant depuis toujours grosses productions familiales et films politiques adultes. En attendant son retour à la science-fiction (Ready Player One, prévu pour mars) c’est le Spielberg historien qui dégaine en premier. Avec un (faux) thriller consacré à l’histoire oubliée des Pentagon Papers, ballon d’essai annonciateur du scandale du Watergate et moment charnière dans l’affirmation du quatrième pouvoir aux États-Unis. L’occasion pour le cinéaste de déclarer sa flamme au journalisme d’investigation, en retraçant un violent bras de fer entre la presse quotidienne et Nixon, qui souhaite étouffer dans l’œuf un scandale pouvant faire basculer définitivement l’opinion publique du côté des opposants à la guerre du Vietnam.

L’objet de la discorde est un rapport extrêmement fouillé, de plusieurs milliers de pages, dévoilant l’étendue des mensonges d’État sur l’engagement américain dans la péninsule indochinoise. Une bombe à retardement polémique qui va tomber dans les mains du puissant New York Times et faire l’objet de plusieurs articles à charge, déclenchant l’ire du président républicain. Un duel au sommet rejoint par un acteur inattendu, le Washington Post, quotidien familial local, qui va reprendre le flambeau du Times et prendre le risque de continuer la publication de l’étude. Pentagon Papers est bien entendu un pamphlet vibrant sur le nécessaire contre-pouvoir de la presse, qui prend une résonance toute particulière depuis la campagne présidentielle de 2016 et l’élection de Trump.

Mais ce conte de David contre Goliath cache un autre un récit, plus intime, mais tout aussi passionnant. Celui de l’émancipation de Katharine Graham, Directrice du Washington Post, héritière et veuve, assurant avec professionnalisme le rôle de bourgeoise mondaine que la société machiste de l’époque lui a attribué. Une femme d’affaires malgré elle, manquant cruellement de confiance en elle, convaincue que les hommes en costume de son entourage ont un avis plus raisonnable que le sien. Une femme qui prend conscience de sa solidité et de son pouvoir grâce à cette affaire d’importance nationale la transformant en symbole de résistance pour l’ensemble de la presse. Une fenêtre de tir lui permettant, enfin, d’exister en tant que tel, et de prendre une décision aussi courageuse que risquée : défendre à tout prix l’éthique de son journal en assumant le bras de fer avec Nixon. A voir !

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Bande-annonce et visuels officiels.