[Critique] du film « Les heures sombres » Churchill et le Royaume-Uni à la croisée des chemins

23 janvier 2018 Par
Gilles Herail
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Les heures sombres nous raconte l’envers du décor du Dunkerque de Christopher Nolan. Revenant sur un moment oublié et pourtant crucial de la seconde guerre mondiale : l’hésitation de l’Angleterre à négocier la paix avec l’Allemagne en 1940. Un thriller historique passionnant malgré quelques facilités scénaristiques. Notre critique.

Synopsis officiel: Homme politique brillant et plein d’esprit, Winston Churchill est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d’urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l’armée britannique dans l’incapacité d’être évacuée de Dunkerque.

les-heures-sombresChristopher Nolan était resté en surface des véritables enjeux historiques de la bataille de Dunkerque, préférant faire de (très) belles images plutôt qu’appréhender la complexité historique d’un moment clef de la seconde guerre mondiale. Les heures sombres répare cet impair en s’intéressant, dans le détail, aux semaines précédant et suivant la nomination de Churchill au poste de Premier ministre. Une séquence charnière pour le Royaume-Uni, qui s’interroge sur la capacité des Alliés à stopper la progression fulgurante des armées allemandes. Et considère de plus en plus sérieusement l’option d’une paix négociée avec Hitler, permettant de sauver les meubles et d’éviter une invasion qui semble imminente.

Le Dunkerque de Nolan était un témoignage à hauteur d’hommes de ce moment d’entre-deux, où 400.000 soldats français et anglais, pris au piège, attendent une déroute inéluctable. Les heures sombres offre un tout autre point de vue: celui du cabinet de guerre britannique, où les oppositions sont de plus en plus virulentes face à la stratégie à adopter. Passer par Mussolini pour trouver un accord avec les nazis. Ou continuer le combat coûte que coûte, quitte à sacrifier un certain nombre de soldats voués à une mort certaine.

Joe Wright a souhaité insuffler de la légèreté dans son récit, à travers le portrait parfois cartoonesque d’un Churchill version Tatie Danielle, vieux bougon alcoolique malpoli et mal dégrossi. Qui ne devient un véritable chef d’État que dans l’hémicycle, où ses talents d’orateurs et sa maitrise parfaite de la langue anglaise mettent tout le monde d’accord. Il fallait tout le talent de Gary Oldman (et de Kristin Scott Thomas, parfaite) pour que ces aspects théâtraux n’abiment l’ambition historique plus sérieuse du film. Qui réussit finalement plutôt bien à combiner divertissement et mémoire.

L’Histoire (des vainqueurs) est souvent réduite à des affirmations toutes faites, qui oublient les doutes et les incertitudes au profit d’une vision héroïque romancée. Les heures sombres a le mérite de rappeler que l’Empire britannique a été à deux doigts d’arrêter la guerre dès 1940, et qu’une large partie de son élite avait fait une croix sur les chances de victoire. On aurait aimé que le scénario aborde les aspects plus controversés de la pensée de Churchill (qui font toujours débat aujourd’hui en Angleterre) et évite quelques séquences risibles (Winston rencontre le peuple dans le métro). Mais Les heures sombres reste un thriller historique souvent passionnant.

Gilles Hérail

Les heures sombres (The darkest hours), un drame historique anglais de Joe Wright avec Gary Oldman et Kristin Scott Thomas, durée 2h06, sortie le 3/01/2018

Bande-annonce et visuels officiels.