[Critique] du film « Downsizing » Fable futuriste d’Alexander Payne, entre satire et utopie

11 janvier 2018 Par
Gilles Herail
| 0 commentaires

Alexander Payne (The Descendants, SideWays, Monsieur Schmidtt) s’essaie avec bonheur au genre de la science-fiction, sans renier sa légèreté douce-amère. Downsizing ne retrouve pas la puissance émotionnelle de Nebraska mais propose une exploration futuriste stimulante, qui résonne avec des questionnements sociétaux très contemporains. Notre critique.

Synopsis officiel: Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le « downsizing ». Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie. Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek  et sa femme à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

affiche-downsizingAlexander Payne est un adepte des road-movies tragicomiques, des comédies dramatiques intimes, du doux-amer, du questionnement existentiel. Son dernier film, Nebraska, était une vraie petite merveille, drôle, émouvante, profondément humaine, bien loin de la superficialité du surestimé The Descendants. Downsizing ne retrouve pas la même intensité émotionnelle mais réussit assez brillamment à intégrer un argument de science-fiction dans l’univers du réalisateur. Grâce à une idée ingénieuse, qui fait écho à des questionnements sociétaux très contemporains.

Le « downsizing » est cette avancée technologique fictive permettant de réduire l’être humain à une taille d’environ 12cm. Une invention censée répondre à l’urgence environnementale en réduisant considérablement la consommation de ressources naturelles et donc l’empreinte écologique de l’Homme sur la planète. Alexander Payne et Jim Taylor tirent à merveille le fil de ce postulat passionnant, imaginant la nouvelle vie de ceux qui franchissent le cap de la miniaturisation. L’argument « vert » n’est en effet souvent qu’un prétexte, cachant une dimension sociale beaucoup plus prégnante. Devenir un micro-humain, c’est quitter sa vie d’avant pour plonger dans l’inconnu et faire partie d’une expérience hors du commun. Mais c’est également et surtout une manière d’accéder à un niveau de vie inatteignable dans le monde des grands.

Downsizing prend la forme d’une fable futuriste légère, ne choisissant jamais entre la satire et l’utopie. Le ton est à la comédie et l’humeur souvent joviale, grâce à des personnes secondaires clownesques (Christoph Waltz et Hong Chau s’en donnent à cœur joie). Mais le propos est moins superficiel qu’il n’y parait, interrogeant l’expérience des communautés auto-gérées post soixante-huitardes, la reproduction des inégalités dans le « nouveau monde », les limites du fantasme de l’oisiveté consumériste, l’obsession américaine de s’acheter un statut et d’exposer sa réussite, etc. Tout en s’attachant bien évidemment à accompagner les questionnements existentiels et le parcours intérieur de chacun des personnages. Un bon cru.

Gilles Hérail

Downsizing une comédie dramatique de science-fiction d’Alexander Payne avec Matt Damon, Hong Chau et Christoph Waltz, durée 2h10, sortie le 10/01/2018

Bande-annonce et visuels officiels.