[Critique] du film documentaire « L’école de la vie » A-t-on le droit au bonheur quand on est trisomique ?

10 décembre 2017 Par
Gilles Herail
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Le syndrome de Down (plus connu en France sous le nom de Trisomie 21) est une anomalie chromosomique congénitale qui entraîne d’importants retards cognitifs et de nombreux problèmes de sante. Les progrès de la médecine ont permis d’allonger fortement l’espérance de vie des adultes trisomiques, leur donnant la possibilité de se projeter et de construire leur vie, avec le handicap. C’est tout l’enjeu du magnifique documentaire de Maite Alberdi qui pose une question fondamentale : celle du droit de choisir son bonheur lorsqu’on est porteur de Trisomie 21. Notre critique.

Synopsis officiel: Anita, Rita, Ricardo et Andrés forment une bande de copains trisomiques qui partage les bancs de la même école depuis 40 ans. Mais ils aspirent à une autre vie. Ils voudraient juste pouvoir faire comme tout le monde: être autonome, gagner de l’argent, se marier, fonder une famille. Bref, qu’à plus de 50 ans, on ne les considère en!n plus comme des enfants! Mais est-ce que l’école de la vie leur permettra de réaliser leurs rêves ?

lecoledelavie

Une école d’émancipation

Maité Alberdi a posé sa caméra au sein d’une école pas comme les autres, qui travaille à la fois sur l’acquisition de compétences et le développement de soi. Avec pour objectif d’inviter les « élèves » adultes trisomiques à réfléchir sur leurs aspirations, leurs envies, le parcours qu’ils souhaitent construire. L’équipe pédagogique organise des ateliers de prise de parole en tant qu’ « adulte conscient », ouvrant le débat sur la définition d’un projet de vie personnel, qui doit tenir compte de la contrainte du handicap, sans pour autant s’y réduire. En mettant également l’accent sur l’intégration professionnelle qui ouvre les portes d’un début d’indépendance financière et donc d’une véritable responsabilisation.

Prendre le point de vue de la communauté d’élèves trisomiques

L’école de la vie nous raconte l’apprentissage collectif de cette communauté d’élèves qui doivent apprendre à faire société, à organiser leur démocratie interne, à gérer les conflits qui peuvent apparaître, à organiser la vie du groupe tout en préservant les aspirations de chacun. La cinéaste revendique des choix de réalisation très forts, qui donnent au film toute sa puissance. La frontière entre documentaire et fiction est effacée, rappelant l’ambition de Swagger, qui laissait carte blanche aux élèves d’un collège de banlieue pour se raconter, de manière réaliste ou fantasmée. Et les salariés de l’école, les familles et les proches n’apparaissent que floutés. Car les héros de cette histoire ne sont pas les accompagnants mais bien les adultes trisomiques eux mêmes. A qui l’on donne, pour une fois, le premier rôle.

Une question politique: le droit au bonheur

L’école de la vie nous raconte l’histoire d’amour d’Anita et d’Andres et les questions qu’elle pose. Deux amoureux qui mettent des mots sur leur relation, s’épaulent dans les moments difficiles, se projettent dans leur couple, imaginent un avenir à deux. Et vont devoir faire face à une série d’obstacles, juridiques, sociaux, familiaux, financiers, qui remettent en cause leur projet de vie commune et de mariage. Car les adultes trisomiques ne sont pas entièrement maîtres de leur destin et doivent obtenir l’accord de leur tuteur pour toute une série de décisions. Maité Alberdi fait le constat de cette contradiction de fond: vouloir intégrer les trisomiques dans la société et leur donner les clefs de leur destin … tout en continuant à limiter le champ des possibles. La question est éminemment philosophique et politique : a-t-on le droit au bonheur lorsqu’on est porteur de trisomie 21. Peut-on maîtriser sa vie sentimentale et sexuelle ? Peut-on contredire l’avis de ses parents ? Peut-on être un citoyen à part entière ? Comment la société peut protéger des individus réputés plus fragiles … sans remettre en cause leur liberté ?

L’école de la vie n’adopte pas un ton polémique et préfère, comme tout bon documentaire, donner directement la parole aux principaux concernés et laisser le spectateur s’interroger, se questionner, réfléchir. Un film passionnant, pertinent, aussi romantique que politique. A voir.

A lire également, une passionnante interview de la réalisatrice : https://blogs.mediapart.fr/edition/cinemas-damerique-latine-et-plus-encore/article/250817/entretien-avec-maite-alberdi-propos-de-son-film-lecole-de-la

Gilles Hérail

L’école de la vie, un documentaire chilien de Maite Alberdi, durée 1h22, sortie le 15/11/2017

Bande-annonce et visuels officiels.