[Critique] du film « The Witch » Chronique austère de peurs populaires ancestrales

17 juin 2016 Par Gilles Herail | 1 commentaire

The Witch a recueilli les faveurs d’une bonne partie de la presse, enchantée par son atmosphère soignée, ses images somptueuses, et son ambition de retranscrire des peurs populaires ancestrales. Robert Eggers dévoile effectivement de belles qualités de mise-en-scène mais le public doit être averti que son premier film relève plus de la longue chronique austère du quotidien d’une famille très pieuse plutôt que d’un véritable film d’horreur. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : 1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation,menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…

The Witch a bénéficié d’excellentes critiques presse des deux côtés de l’Atlantique (91% de notes positives sur Rottentomatoes et 4 étoiles sur Allocine) et a réalisé un score plutôt correct au box-office américain (25M$ malgré un parc de salles limité et un casting peu connu). Robert Eggers signe un premier film ambitieux, tant dans la forme que dans le fond, s’appuyant sur un véritable travail de recherche. Avec pour objectif de nous faire ressentir l’effroi d’une famille très pieuse du 17ème siècle, face aux figures démoniaques. Le réalisateur a voulu un film austère, spartiate pour décrire le quotidien précaire d’un couple et de leurs quatre enfants, exclus de leur village, apprenant à subsister en autarcie. Des petites gens très pieux, obsédés par les règles religieuses, menant une vie rigide et rigoriste toute entièrement tournée vers Dieu. L’ambition anthropologique est bien présente, même si l’on se demande parfois si une partie du public américain n’y a pas vu un cours de théologie au premier degré.

The Witch distille, petit à petit, des éléments de rupture, des indices de fantastique, des signes discrets de la présence du Démon. Installant un climat paranoïaque où chaque membre de la famille devient tour à tour suspect d’avoir pactisé avec le Diable. Et d’être cette fameuse sorcière qui sévit dans les environs. Les images sont splendides, la mise-en-scène précise, les comédiens plutôt bons. Mais la mise en application pratique d’ambitions théoriques par ailleurs intéressantes ne tient pas la longueur. Les spectateurs de la salle de l’UGC Bercy l’ont fait savoir en trépignant d’impatience, devant un rythme très (très) lent, des dialogues en vieil anglais qui n’en finissent plus et des prières interminables que l’on doit supporter pendant 1h20 avant que le rythme s’intensifie et que l’épouvante montre enfin le bout de son nez. The Witch aurait du être vendu comme un drame d’époque plus que comme un véritable film d’horreur et prend le risque de décevoir sérieusement un public qui était lui venu pour frissonner.

Gilles Hérail

The Witch, un film d’horreur américain de Robert Eggers avec Anya Taylor Joy, Ralph Ineson, et Kate Dickiene, durée 1h33, sortie le 15/06/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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COMMENTAIRES:

  1. the grudge

    Je ne sais pas si le terme « précaire » sied à la vie du 17éme, que l’auteur de la critique semble avoir peine à imaginer. C’est sur qu’il fallait pas être intolérant au gluten, mais avec une espérance de vie de 30 ans, en avait on le temps.

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