[Critique] du film « Si j’étais un homme » Audrey Dana bordélise joyeusement le genre

26 février 2017 Par
Gilles Herail
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Audrey Dana continue d’interroger la féminité avec la même énergie bordélique que Sous les jupes des filles. Si j’étais un homme part dans tous les sens et manque peut être de maitrise, mais son exploration foutraque de l’identité de genre possède une vraie liberté. Notre critique

Extrait du synopsis officiel : Qui n’a jamais imaginé ce que ça ferait d’être dans la peau du sexe opposé, ne serait-ce qu’une journée ? Eh bien, pas Jeanne ! Fraîchement divorcée, séparée de ses enfants une semaine sur deux, pour elle les mecs c’est fini, elle ne veut plus jamais en entendre parler. Mais un beau matin, sa vie s’apprête à prendre un drôle de tournant, à première vue rien n’a changé chez elle… à un détail près !

sijetaisunhomme

Audrey Dana nous avait agréablement surpris avec Sous les jupes des filles, comédie féminine au franc-parler libérateur qui offrait des partitions burlesques inattendues à des actrices peu habituées au genre (Adjani, Casta, Paradis, Hands). Si j’étais un homme s’inscrit dans une veine similaire, en assumant un pitch gonflé que le scénario exploite dans tous ses aspects. Alors qu’une épouse et mère discrète doit gérer l’arrivée inattendue d’un pénis qui va changer le rapport à son propre corps et influencer ses relations aussi bien avec les hommes que les femmes.

Audrey Dana aime le cinéma bordélique, foutraque, qui suit des émotions en ascendeur, reprend à son compte (pour mieux la détourner) la soit-disant hystérie féminine dénoncée par les machistes. La cinéaste y ajoute une touche de trivial, de grossièreté et d’impolitesse qui alimente la comédie tout en évitant les bons sentiments. Le script imagine ainsi de manière très pragmatique et très terrienne la présence non-désirée de ce pinpin (surnom donné aux nouveau attributs de Madame) qu’il va falloir apprivoiser et qui devient un personnage à part entière. Si j’étais un homme n’est pas un film sur les trans-genres et utilise un prétexte fantastique pour questionner plus largement l’identité de son héroïne.

Le sous-texte sur l’égalité des sexes est bien évidemment présent, jouant avec les clichés, parfois en les embrassant, parfois en les inversant. Mais Audrey Dana n’a pas souhaité un film à thèse, réunissant des traditions aussi bien paillardes que romantiques et s’appuyant parfaitement sur le second rôle génial d’Alice Belaidi (également à l’affiche de L’ascencion), qui fait partie des comédiennes les plus drôles de sa génération. Le propos est parfois contradictoire, la narration confuse, mais il souffle un vrai vent de liberté sur ce second long-métrage plus singulier qu’il n’y parait.

 pGilles Hérail

SI j’étais un homme, un film d’Audrey Dana et Alice Belaidi et Eric Elmosnino, durée 1h38, sortie le 22/02/2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film