[Critique] du film « Prendre le large » Le blues du monde ouvrier, de part et d’autre de la Méditerranée

16 novembre 2017 Par
Gilles Herail
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Gaël Morel navigue des frères Dardenne à André Téchiné, entre romanesque intimiste et drame social pour nous parler du blues du monde ouvrier, de part et d’autre de la Méditerranée. Prendre le large réserve de beaux moments de cinéma mais se retrouve malheureusement  vampirisé par une « prestation à Césars » de Sandrine Bonnaire.  Notre critique.

Synopsis officiel: Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc…

prendrelelargeGaël Morel (Le Clan, Après lui, Notre paradis) est un cinéaste bien coté dans les salles art-et-essai mais méconnu du grand public. Un réalisateur à la fibre sociale assumée, teintée d’un vrai sens du romanesque, qui place sa filmographie entre Téchiné et les frères Dardenne.

Son nouveau film, Prendre le large, reprend le postulat de Crash-Test Aglaé sorti plus tôt cette année. Une exploration par l’absurde de la crise du monde industriel français mettant en scène une salariée délocalisée qui préfère déménager dans un autre pays plutôt que de perdre son travail. Sandrine Bonnaire incarne cette héroïne discrète qui va, pour des raisons personnelles, décider de changer de vie du jour au le demain pour venir s’installer au Maroc. Se débrouillant comme elle le peut pour se fondre dans le décor, s’habituer aux conditions de travail très dégradées, aux relations hiérarchiques complexes et au chaos organisé de l’usine et de la ville.

Gaël Morel tenait là un postulat passionnant, lui permettant de raconter l’évolution des mondes industriels de part et d’autre de la Méditerranée, de partager le blues, les frustrations et les aspirations des ouvrier.e.s en France et au Maroc. Prendre le large séduit dans ses séquences réalistes, proches du documentaire, mais le scénario privilégie malheureusement un portrait de femme beaucoup plus banal. Sandrine Bonnaire se retrouve malgré elle piégée dans un rôle à Césars trop théâtral et le récit mélodramatique de la renaissance douloureuse du personnage principal n’évite pas les lourdeurs. Pas à la hauteur de son sujet.

Gilles Hérail

Prendre le large, un drame français de Gaël Morel avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou et Kamal El Amri, durée 1h43, sortie le 8/11/2017

Bande-annonce et visuels officiels.