[Critique] du film « Patients » Grand Corps Malade retrace son séjour en centre de rééducation

4 mars 2017 Par
Gilles Herail
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Grand Corps Malade retrace son séjour d’un an dans un centre de rééducation suite à un accident grave qui l’a rendu tétraplégique incomplet. Patients nous emmène aux côtés des « tétras » et autres « paras » qui doivent réapprendre à vivre, redécouvrir leur corps et gérer le handicap. Dans une chronique sensible qui trouve le bon équilibre entre profondeur et légèreté. Un très beau premier film, à découvrir absolument.  Notre critique

Extrait du synopsis officiel : Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens…. Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

patientsPlusieurs rappeurs français ont récemment entamé de prometteuses carrières au cinéma dans des genres très différents, avec les excellentes surprises Bienvenue à Marly Gomont (Kamini), Comment c’est loin (Les Casseurs Flowters d’Orelsan et Gringe) et Qu’Allah bénisse la France (Abd Al Malik). Grand Corps Malade s’inscrit dans cette nouvelle tendance en adaptant son auto-biographie qui traite moins de musique urbaine que de handicap. Pour partager le quotidien d’un centre de rééducation qui accueille des tétraplégiques, paraplégiques ou traumatisés crâniens. Le slammer s’est associé à Mehdi Idir pour co-réaliser une chronique pleine de sensibilité d’un monde que l’on connait mal, abordant le handicap sous un angle rarement traité. Patients s’appuie sur un casting de comédiens peu connus du grand public, qui crèvent tous l’écran et apportent au film beaucoup de fraîcheur et de sincérité. On s’attache immédiatement à ces jeunes adultes qui cherchent à « niquer les heures » alors que le temps se fait long, que le moral fait du yoyo et que tous n’auront pas la chance de pouvoir un jour retrouver le contrôle de l’ensemble de leurs muscles.

Grand Corps Malade reste intelligemment en retrait, installant un personnage de cinéma à part entière tout en alimentant le récit de nombreuses anecdotes qui donnent au film un vrai supplément d’âme. Patients est un film de tchatche, de vannes, de camaraderie et de solidarité, filmant l’énergie d’un groupe qui tente de se serrer les coudes dans l’adversité. C’est un film d’espoir, car son héros aura la chance de pouvoir, petit à petit, pas à pas, à force d’efforts acharnés, retrouver une bonne partie de sa motricité. C’est aussi un film incroyablement humain, sur le rapport au corps et à l’intimité, la gestion d’une nouvelle identité d’handicapé, la peur de sortir du centre, la difficulté de devoir renoncer à une partie de ses plans de vie. Le ton est volontairement léger, évitant d’empeser un récit qui se suffit à lui même et émeut sans avoir à forcer la main du spectateur. Patients est étonnant de maîtrise, réussissant parfaitement à témoigner de la réalité du handicap et de la rééducation, tout en nous racontant une histoire de potes. Un très beau moment de cinéma qui mérite un large succès en salles.

Gilles Hérail

Patients, une comédie dramatique de Grand Corps Malade et Mehdi Idir avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab,  Nailia Harzoune, Franck Falise et Moussa Mansaly, durée 1h50, sortie le 01/03/2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film