[Critique] du film « Moonlight » de Barry Jenkins : Tout simplement magnifique

6 février 2017 Par
Gilles Herail
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Barry Jenkins signe un film d’une rare sensibilité sur un sujet pourtant difficile : l’histoire d’amour à travers les âges de deux jeunes noirs des quartiers pauvres de Miami. Moonlight est une pépite de sensibilité, de douceur et de romantisme, qui émeut profondément tout en présentant des personnages et des destins que l’on ne voit jamais au cinéma. Tout simplement magnifique. Notre critique

Extrait du synopsis officiel : Après avoir grandi dans un quartier difficile de Miami, Chiron, un jeune homme tente de trouver sa place dans le monde. Moonlight évoque son parcours, de l’enfance à l’âge adulte.

moonlight

Moonlight fait partie des grands favoris des Oscars avec La la land, cumulant 8 nominations après avoir raflé de nombreux prix tout au long de l’année dernière. Moonlight est un petit miracle car chaque scène sonne juste, trouve une émotion toujours plus fine, une délicatesse jamais affectée, un romantisme absolu, qui prend aux tripes. Le parti pris était inédit et risqué : raconter une histoire d’amour sur plus de 20 ans entre deux jeunes noirs des quartiers pauvres de Miami. A travers le portrait d’un homme que l’on suit à trois périodes de sa vie (l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte.) avec trois acteurs, trois transformations physiques, mais une même  sensibilité.

L’enfance est un moment d’exclusion, marqué par une identité de genre floue, un amour maternel à temps partiel et une solitude de tous les instants. L’espoir vient d’un père de substitution, qui décide de prendre le gamin sous son aile et de lui apporter l’affection et l’attention dont il a besoin. L’enfant farouche et mutique va devenir l’ado mal dans sa peau, qui n’a ni le style ni les jeans qu’il faut, assume mal sa silhouette frêle, subit le harcèlement quotidien de ses camarades et doit gérer une mère qui a sombré dans ses addictions. Un ado qui connait une première expérience discrète et malheureuse avec un ami d’enfance, avant de remiser son homosexualité dans le placard en s’inventant une carapace de gangsta ultra-musclé.

Les enjeux pourraient paraître caricaturaux mais Moonlight est au contraire d’une absolue subtilité. Car le scénario et la caméra ne filment pas la dureté sociale du ghetto mais l’évolution sensible d’un homme qui conserve toute sa fragilité et toute sa douceur malgré son blindage extérieur. La dernière partie du film, sur les retrouvailles entre les deux anciens amants qui ont pris des chemins de vie radicalement opposés, fait partie des plus beaux moments de cinéma de ces dernières années. La décharge émotionnelle est implacable, alors que l’on retrouve derrière les fausses dents en or du caïd trentenaire la sensibilité du gamin timide auquel on s’est tant attaché. Qui tombe le masque en retrouvant avec émotion l’homme qui a tant compté dans sa vie. Un film tout simplement magnifique.

Gilles Hérail

Moonlight, un drame américain de Barry Jenkins avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, durée 1h51, sortie le 01/02/2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film