[Critique] du film « Manchester by the Sea » Casey Affleck, impérial

14 décembre 2016 Par
Gilles Herail
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Kenneth Lonergan signe un drame bouleversant qui retrouve le sentiment de proximité, d’humanité et de justesse du Boyhood de Richard Linklater. Manchester by the sea offre un rôle magnifique à Casey Affleck qui incarne un homme abattu, brisé par le deuil et la culpabilité, avec une incroyable puissance émotionnelle. Notre critique.

Extrait du synopsis officiel : Manchester by the Sea nous raconte l’histoire des Chandler, une famille de classe ouvrière, du Massachusetts. Après le décès soudain de son frère Joe (Kyle Chandler), Lee (Casey Affleck) est désigné comme le tuteur de son neveu Patrick (Lucas Hedges). Il se retrouve confronté à un passé tragique qui l’a séparé de sa femme Randi (Michelle Williams) et de la communauté où il est né et a grandi.

manchesterbythesea

Manchester by the sea à été propulsé depuis quelques semaines comme l’un des grands favoris de la course aux Oscars. Avec une presse dithyrambique célébrant la performance de Casey Affleck, au sommet de son art, et le retour en forme de Kenneth Lonergan (qui avait failli mettre un terme à sa carrière avant même qu’elle ne commence). Le réalisateur impose dès les premières minutes une atmosphère très particulière, reposant sur des choix musicaux inhabituels (l’Adagio d’Albinoni) et l’ambiance mélancolique des décors de Manchester, New Hampshire. Une petite ville industrielle de la côte Est des Etats-Unis, où l’hiver est rude, la neige abondante et les couleurs effacées. Le ton est à la grisaille mais pas au noir absolu, suivant le retour au bercail d’un frère endeuillé après le décès de son ainé. Devant s’occuper de la gestion de l’enterrement, des formalités administratives, et surtout de l’avenir de son neveu, encore mineur.

Manchester by the sea nous raconte, sans lyrisme exacerbé ni sentimentalisme, le parcours de ces deux hommes face au deuil. L’un adolescent, bons gars dans le fond, attachant même si pas toujours réglo et un peu trop travaillé par ses hormones. Qui résiste plutôt solidement au choc du décès de son père, malgré des hauts et des bas. L’autre, quarantenaire meurtri par un parcours personnel chaotique, achetant un peu de tranquillité d’esprit avec un alcoolisme mal maitrisé, vivotant de petits boulots sans arriver à se reconstruire. Affrontant une nécessaire prise de responsabilité, qu’il souhaitait à tout prix éviter et qui le replonge dans ses peurs et sa culpabilité. Devant en parallèle gérer au quotidien une tristesse qui transpire à chaque regard et une rage enfouie difficile à contrôler. Un homme abattu interprété par un Casey Affleck bouleversant, qui nous fait ressentir dans notre chair le poids qui pèse sur ses épaules et cette infinie détresse qui lui colle à la peau.

La narration impressionne par sa fluidité, intégrant sans à-coups ni ruptures des flash-backs qui dévoilent petit à petit le passé du personnage et nous permettent de mieux le comprendre. Dans la lignée de Boyhood de Richard Linklater qui effaçait également les barrières de temps pour nous raconter un parcours de vie dans sa globalité. Kenneth Lonergan trouve en permanence le ton juste, évitant la morale initiatique et partageant une proximité, une empathie et une humanité qui touchent profondément. Le deuil est un sujet de cinéma difficile, qui mobilise le vécu du spectateur, crée une identification et une intimité particulière avec les héros de fiction. Manchester by the sea réussit pourtant un vrai tour de force, dégageant des émotions complexes, nous accrochant sans baisses de rythme pendant 2h30, nous laissant émus mais pas déprimés. Un des très bons films de l’année, qui mérite son excellente réputation.

Gilles Hérail

Manchester by the sea, un drame américain de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck et Michelle Williams, durée 2h18, sortie le 14/12/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film