[Critique] du film « Les grands esprits » Denis Podalydès, super-prof sauveur de jeunes de banlieue

16 septembre 2017 Par
Gilles Herail
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Les grands esprits croit dur comme fer au fantasme du hussard de la République sauveur de la jeunesse périphérique, interprété ici par un Denis Podalydès très à son aise. On regrette alors que les questions de fond soient survolées et l’ensemble du casting adolescent réduit à un statut « jeune de banlieue ». Notre critique.

Extrait du synopsis officiel : François Foucault, la quarantaine est professeur agrégé de lettres au lycée Henri IV, à Paris. Une suite d’évènements le force à accepter une mutation d’un an dans un collège de banlieue classé REP +. Il redoute le pire. A juste titre.

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Nous vous avions proposé un dossier sur ces films d’école et de profs, jouant sur la fibre réaliste (Primaire), le souvenir nostalgique (Les surdoués), le décalage burlesque (Les Profs 1 et 2) ou le récit initiatique (Le cercle des poètes disparus). Les grands esprits s’inscrit plutôt dans la veine des Héritiers, film magnifique suivant la prise de conscience et de confiance d’une classe difficile grâce à sa participation au concours national de la mémoire de la résistance et de la déportation. Avec une même ambition politique, mais un résultat beaucoup moins stimulant.

Le scénario avait pourtant imaginé une idée pas inintéressante de politique-fiction. La volonté d’un gouvernement d’imposer la présence de vieux profs dans les collèges REP/REP+ pour ne pas laisser les jeunes diplômés de l’Education Nationale face aux classes les plus difficiles. En confiant à un enseignant émérite d’Henri IV la difficile mission d’incarner à lui tout seul le symbole qu’une telle révolution peut fonctionner. Comme trop souvent, le pitch prometteur ne sera malheureusement pas exploité et Les grands esprits revient très rapidement sur les chemins attendus de la comédie feel-good, célébrant le charisme malicieux de son comédien principal, très en forme.

Olivier Ayache-Vidal a essayé de mettre en scène les différents points de vue qui peuvent s’exprimer au sein du corps enseignant, sur la discipline, les méthodes pédagogiques, la relation avec les jeunes. Mais Les grands esprits n’a pas autant d’égards pour ses personnages adolescents, réduits à des rôles mineurs, d’arrière-plan, sans avoir jamais la chance de dépasser leur statut de « jeune de banlieue ». C’est la principale faiblesse du film, qui parle d’éducation sans parler d’élèves, et ne réussit pas à nous faire croire à la transformation de cette classe qui n’a jamais le temps d’exister en tant que telle. Dommage.

Gilles Hérail

Les grands esprits, une comédie dramatique française d’Olivier Ayache-Vidal avec Denis Podalydès, Léa Drucker et Zineb Triki, durée 1h46, sortie le 13 septembre 2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film