[Critique] du film « Le prix du succès » Vivre sa réussite quand on est parti de rien

5 septembre 2017 Par
Gilles Herail
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Teddy Lussi-Modeste signe un long-métrage très réussi, s’appuyant sur un trio d’excellents comédiens (Tahar Rahim, Roschdy Zem et Maiwenn) et une tension savamment dosée. Le prix du succès interroge intelligemment le contre-coup d’une ascension fulgurante lorsqu’on est issu d’un milieu populaire et dévoile de vrais talents de mise en scène, d’écriture et de direction d’acteurs. Notre critique.

Extrait du synopsis officiel : Brahim est un humoriste en pleine ascension. Sa réussite, il la doit à lui-même et à l’amour qu’il porte à Linda. Bon fils, il soutient les siens depuis toujours. Mais pour durer, Brahim doit sacrifier son grand frère, manager incontrôlable. Si l’échec peut coûter cher, Brahim va payer un tribut encore plus lourd au succès.

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Le prix du succès s’intéresse aux tensions créées par le succès fulgurant d’un jeune homme issu d’un milieu populaire, qui se retrouve propulsé dans un nouvel univers sans vouloir rompre avec ses racines. Et cherche à  vivre pleinement une ascension qui lui ouvre des portes et des perspectives sans pour autant renier sa vie d’avant qui lui parait désormais lointaine.

Tahar Rahim incarne, comme toujours avec énormément de justesse, cet humoriste de banlieue devenu la coqueluche d’une génération. Un mec sympa, bosseur, attachant, qui remplit les salles et peut s’acheter un autre niveau de vie, tout en soutenant financièrement l’ensemble de ses proches. Un trentenaire au tournant de sa carrière et de sa vie, qui souhaite professionnaliser l’écriture de son nouveau spectacle et emménager durablement avec sa copine metteuse en scène (Maiwenn).

Deux choix simultanés qui illustrent une même envie de changer d’air, de ne plus seulement être le gentil petit frère, le stand-upper communautaire rassembleur, l’adulescent incapable de se poser. Un tournant réfléchi qui va faire ressortir des frustrations et des incompréhensions au sein de son entourage. Notamment de la part de son frère, qui l’accompagne depuis ses débuts et a du mal à le voir voler de ses propres ailes.

Le prix du succès pose un regard sensible sur ces sentiments partagés, de reconnaissance, de jalousie, de ressentiment, alors que le parcours de l’un met d’autant en plus en lumière la stagnation de l’autre. Le scénario capte aussi assez finement la gène, voire la honte, qui s’installe progressivement entre le personnage principal et son milieu d’origine. Un entre-deux identitaire difficile à gérer, qui dépasse la question du rapport à l’argent et pose plutôt celle des codes, des habitudes, de la manière de s’exprimer, d’interagir, de voir les choses.

Teddy Lussi-Modeste étonne par la qualité de sa mise-en-scène, le soin apporté à la caractérisation de chaque personnage, le sens de l’observation qui lui permet de dresser un portrait passionnant des questionnements de son héros. Le final perd un peu en réalisme en lorgnant vers le thriller mais Le prix du succès reste une des jolies surprises de la rentrée.

 Gilles Hérail

Le prix du succès, un film français de Teddy Lussi-Modeste avec Tahar Rahim, Roschdy Zem et Maiwenn,  durée 1h32, sortie le 5 septembre 2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film