[Critique] du film « La Taularde » Sophie Marceau s’abîme dans l’enfer carcéral

17 septembre 2016 Par Gilles Herail | 1 commentaire

Audrey Estrougo décrit avec précision et documentation l’univers carcéral féminin, ses codes, ses règles et sa violence. La Taularde livre une chronique réaliste des conditions de vie des prisonnières et des surveillantes et peut compter sur d’excellents seconds rôles. On regrette alors la fascination déplacée de la cinéaste pour sa star/héroïne dont le personnage manque de crédibilité. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Pour sauver l’homme qu’elle aime de la prison, Mathilde prend sa place en lui permettant de s’évader. Alors que sa survie en milieu carcéral ne dépend que de lui, Mathilde n’en reçoit plus aucune nouvelle. Isolée, soutenue uniquement par son fils, elle répond désormais au numéro d’écrou 383205-B. Mathilde deviendra-t-elle une taularde comme une autre ?

Il faut toujours saluer la volonté de participer à la représentation d’univers qui n’apparaissent quasiment jamais à l’écran. Plusieurs films français ont récemment travaillé dans cette direction, en déclinant au féminin des décors habituellement associés aux hommes. Après la banlieue (Divines) et l’armée (Voir du pays), La Taularde s’attaque à la prison, avec une vraie volonté de réalisme et de précision. Le scénario insiste sur les procédures, les codes, l’administration, les conditions de vie, la pression causée par l’enfermement, le manque d’intimité. Et le montage trouve le bon équilibre entre instants de camaraderie, séquences de quasi-comédie (le téléphone portable) et scènes très dures qui n’occultent pas la brutalité des relations en détention. La qualité des seconds rôles joue beaucoup dans la crédibilité de cette chronique pénitentiaire qui met en valeur des comédiennes reconnues (Anne le Ny, Naidra Ayadi, Alice Belaidi,  Suzanne clément, Carole Franck) tout en faisant de la place à des visages plus rares (magnifique rôle de Marie-Sohna Condé, surveillante en chef qui conserve entre ses mains l’équilibre précaire de la poudrière).

La Taularde évite soigneusement d’opposer prisonnières et gardiennes, en diversifiant ses portraits de surveillantes et en prenant le temps de présenter les difficultés de leur métier. Audrey Estrougo a aussi tenu à aborder la problématique sensible des droits sociaux des détenus, qui peuvent exercer une activité professionnelle sans être protégé par le code du travail, dans le plus grand flou juridique. La Taularde offre un tour d’horizon de l’ensemble de ces questions, dressant un portrait sévère de l’état des prisons en France, dénoncé régulièrement par les ONG de défense des droits de l’homme, le défenseur des droits, et le contrôleur général des lieux de privation de libertés (qui a récemment publié une note sur la situation spécifique des femmes). Le problème du film vient de son personnage principal, prof un peu bourge, éperdument amoureuse de son Robin des Bois de braqueur, interprété par une Sophie Marceau inégale. La caméra pêche par une trop grande fascination pour sa star, la mettant en scène comme une héroïne tragique alors que le reste du film repose sur une ambition de sobriété documentaire plus adaptée au sujet. Et le mélange des deux donne malheureusement parfois des moments de gêne, voire de comédie involontaire.

Gilles Hérail

La Taularde, un drame français d’Audrey Estrougo avec avec Sophie Marceau, Suzanne Clément et Anne Le Ny, durée 1h40, sortie le 14/09/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Menn

    Je viens de voir « la taularde »
    Malgré quelques longueurs, j’ai aimé ce film qui nous plonge dans l’univers carcéral féminin, souvent difficile.

Laissez un commentaire: