[Critique] du film « La couleur de la victoire » Jesse Owens défie l’Amérique ségrégationniste et l’Allemagne nazie

30 juillet 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Stephen Hopkins rend hommage à un athlète noir hors du commun, Jesse Owens, entré dans l’Histoire en remportant quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Berlin de 1936. La couleur de la victoire (Race en version original) est un biopic très classique qui se laisse porter par les passionnants enjeux d’un parcours inscrit dans l’Histoire, évoquant autant l’Amérique ségrégationniste que l’Allemagne nazie. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Dans les années 30, Jesse Owens, jeune afro-américain issu du milieu populaire, se prépare à concourir aux Jeux d’été de 1936 à Berlin. Cependant, alors qu’Owens lutte dans sa vie personnelle contre le racisme ambiant, les Etats-Unis ne sont pas encore certains de participer à ces Jeux, organisés en Allemagne nazie. 

Stephen Hopkins (Moi, Peter Sellers) porte à l’écran le parcours de Jesse Owens (interprété par Stephan James), athlète hors-norme qui a marqué l’histoire de l’athlétisme, en battant de nombreux records du monde et en triomphant à ses premiers JO. Un Usain Bolt de l’époque, né en 1913 à Oakville, dans une Amérique ségrégationniste où les barrières raciales organisent la société. Un coureur noir incroyablement talentueux qui va devenir malgré lui un symbole de résistance et un incroyable pied de nez au régime nazi, en remportant brillamment 4 médailles d’or aux Jeux-Olympiques de Berlin de 1936. La couleur de la victoire traduit mal le titre original, Race, qui joue sur les deux mots clefs qui encadrent la vie de Jesse Owens : des qualités naturelles exceptionnelles de sprinter, et une couleur de peau qui le définira en tant que personnage public. Le scénario joue sur ces deux tableaux, en s’inscrivant dans des écoles très définies du cinéma américain : drame sportif initiatique (Jason Sudeikis est excellent dans le rôle de l’entraîneur), biopic hagiographique et thriller historique.

Au delà de la réhabilitation nécessaire et méritée d’une grande figure de la communauté afro-américaine, le film raconte en effet comment la carrière d’un immense champion s’est retrouvée inextricablement associée aux grands enjeux sociaux et politiques de l’avant-guerre. En témoignant du racisme institutionnel présent à tous les étages d’une société américaine profondément ségréguée. Et en reconstituant le cas de conscience du comité olympique américain face à la décision de boycotter ou non des jeux olympiques berlinois instrumentalisés à des fins de propagande par le régime nazi. On aurait aimé un grand réalisateur pour donner de l’ampleur aux scènes clefs (les courses, la remise des médailles). La description de l’Allemagne nazie manque de rigueur, la caractérisation de personnages historiques est approximative et le traitement du personnage de Leni Riefenstahl aurait mérité une approche plus équilibrée. Mais la force du sujet balaie nos quelques réserves, en nous rappelant des éléments qui complexifient l’image symbolique des livres d’histoire.

Jesse Owens a longtemps hésité avant de participer aux JO, tiraillé entre son ambition sportive et le désir du mouvement afro-américain de l’ériger en symbole de résistance. Sa quatrième médaille d’or est due à la décision d’écarter deux relayeurs juifs pour éviter de froisser les nazis. Il n’a jamais été félicité et reçu officiellement par le Président Roosevelt et sa carrière s’est arrêtée aussi vite qu’elle a commencé, laissant derrière lui des records qui mettront plusieurs décennies avant d’être battus. Deux moments très forts ressortent du film, mélangeant parfaitement la petite histoire et la grande. La naissance d’une amitié entre Jesse Owens et l’athlète allemand Luz Long (son adversaire pour le saut en longueur), qui s’entraident pendant la compétition et se permettent un tour d’honneur ensemble, au sein même d’un stade conçu à la gloire du nazisme. Et la scène finale, agissant comme un retour brutal à la réalité de la ségrégation, quand Jesse Owens, de retour aux Etats-Unis, se voit refouler au gala organisé en son honneur. Et doit passer par l’entrée de service, comme tous les noirs, malgré son statut d’icône mondiale. Un témoignage historique important à découvrir en salles.

A lire aussi pour en apprendre plus sur le parcours de Jesse Owens, deux articles du Monde et de Libé.

Gilles Hérail

La couleur de la victoire (Race), un biopic américain de Stephen Hopkins avec Stephan James, Jason Sudeikis et Eli Goree, durée 1h58, sortie le 27/07/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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