[Critique] du film « Ils sont partout » Yvan Attal sonde l’identité juive face à l’antisémitisme

4 juin 2016 Par Gilles Herail | 2 commentaires

Yvan Attal s’est fait gentiment descendre par la presse et a réalisé un démarrage très décevant mercredi malgré un casting en or (Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg,Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens). Ils sont partout ne méritait pas pareil accueil, faisant preuve d’une réelle inventivité pour traiter son sujet : l’identité juive face aux clichés antisémites. Les sketchs sont très inégaux mais l’exercice passionne, brouillant les codes, s’essayant à la politique-fiction, naviguant entre différentes formes d’humour, tout en conservant la pertinence de son propos. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces

Les critiques presses n’ont pas été tendres avec le nouveau film d’Yvan Attal (Ma femme est une actrice, Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, Do not disturb), qui s’est fait quasi unanimement descendre mercredi dernier. La thématique était ambitieuse, s’attaquant à un sujet complexe qui tourmente depuis longtemps la société française : l’antisémitisme. Ils sont partout utilise intelligemment la structure du film-à-sketchs pour décliner ses chapitres, illustrant chacun un préjugé sur les juifs : ils sont partout, riches, s’entraident, ont tué Jésus, complotent, font jouer la mémoire de la Shoah, etc. Avec comme fil rouge les séances de psy d’Yvan Attal qui s’interroge sur son obsession de l’antisémitisme. L’exercice était casse-gueule et le résultat final étonne par son inventivité. Le scénario déconstruit bien sûr les clichés antisémites, en les poussant à l’extrême pour exposer leur bêtise. Mais s’attache aussi à comprendre le rapport des juifs face à ces représentations haineuses.

Le ton est à la comédie, avec une écriture solide qui convoque différents types d’humour et transgresse les genres. Le premier sketch très réussi installe Benoit Poelvoorde et Valérie Bonneton dans la peau d’un couple de leaders d’extrême droite, ressemblant étrangement à Marine Lepen et Louis Alliot, confronté à la découverte d’origines juives insoupçonnées. Le deuxième morceau, très faible, livre une caricature maladroite de la vie d’un couple fauché de banlieue, interprété par une Charlotte Gainsbourg en roue libre (frôlant le ridicule) et un Dany Boon absent. Le rythme repart avec une amusante discussion talmudique opposant Grégory Gadebois et Denis Podalydès dans un intermède léger qui sert de transition vers une autre histoire, beaucoup plus déjantée. Où Gilles Lellouche interprète un James Bond du Mossad, envoyé en mission spéciale pour tuer Jésus avant qu’il ne devienne « célèbre », sur fond de réjouissante parodie biblique.

L’action passe de Bethléem à Drancy, pour suivre la révolte de François Damiens, voisin excédé du Mémorial de la Shoah, qui souhaite faire reconnaître sa propre souffrance de … Roux. Dans un sketch qui pousse jusqu’à l’absurde l’éternel débat sur la concurrence victimaire, prenant des proportions inattendues pour devenir l’obsession de la population locale. Avant un dernier segment qui clôt le film sur une improbable note de politique-fiction, imaginant un référendum sur la conversion généralisée de la France au judaïsme, avec comme fil rouge une métaphore un peu rapide de la situation d’Israël. Ils sont partout se permet des blagues assez noires, du rire jaune, du malaise, avec plus ou moins de succès, mais toujours une vraie pertinence. Yvan Attal évite la pédagogie trop bien-pensante, brouille le message et interroge également en creux la manière dont les stéréotypes participent à la constitution de l’identité de toute minorité. Avec une ambition qui se rapproche (sans l’égaler) de Dear white people, qui explorait la complexité de la question raciale aux Etats-Unis. Ils sont partout mérite donc le coup d’œil, malgré ses maladresses, sa bizarrerie, son côté foutraque, en offrant une vraie tentative de divertissement politique inscrit dans le contemporain.

Gilles Hérail

Ils sont partout, une comédie à sketchs d’Yvan Attal avec Benoît Poelvoorde, Valérie Bonneton, Dany Boon, Charlotte Gainsbourg,Denis Podalydès, Gilles Lellouche, François Damiens et Marthe Villalonga, durée 1h51, sortie le 01/06/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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COMMENTAIRES:

  1. Lemercier

    Plus qu’un film, une réflexion profonde d’un homme qui dit sa colère bien compréhensible… A chacun de réfléchir et je souhaite qu’il soit compris.

  2. Rémy TAIEB

    Mon Cher Yvan ,
    Tu en avais ras le bol de subir l’antisémitisme sans réagir.
    Tu as donc décider de te servir de tes talents de réalisateur et d’acteur pour le montrer, le dénoncer et tenter de le démonter.
    Tu as battu l’appel auprès de tes amis dont certains t’ont rejoint dans « ta bataille ».
    As-tu envisagé d’être soutenu ?
    As-tu pensé stopper le phénomène ?
    Difficile à croire.
    Et pourtant tu n’as pas hésité à risquer ta notoriété.
    Depuis la sortie de «Ils sont partout »
    on en voit surtout un qui est partout.
    Sur tous les plateaux de télévision, dans les émissions radio, dans les médias sociaux et la presse écrite
    Oui ! partout mais tout seul…
    C’est toi YVAN.
    Mais où sont tous les artistes juifs, les célébrités juives, les intellectuels juifs les représentants de la communauté juive de France.
    Tu répètes inlassablement les mêmes vérités.
    Tu te bats bec et ongles dans les médias sans te laisser impressionner et sans tomber dans les pièges tendus par ceux qui se réjouiraient de te voir trébucher.
    On te sens auto-missionné pour porter le combat et la révolte des juifs de France.
    Et tu le fais si bien mais SI SEUL.
    Je voulais saluer ton courage, ta dignité, ta ténacité.
    J’espère que ton film aura du succès et même qu’il te rapporte. Je pense sincèrement qu’il aura un effet positif au moins à court terme
    Mais quelle que soit l’audience, je suis sûr d’une chose:
    Tu as fait honneur au peuple juif.
    Cannes et son festival avaient également choisi de s’inscrire aux abonnés absents.

    En vertu des pouvoirs qui ne me sont pas conférés je te décerne la palme d’or du courage de l’honneur et de la dignité.
    Merci YVAN ATTAL

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