[Critique] du film Heis (Chroniques) : le cri de (dés)espoir d’une génération

30 mars 2017 Par
Laetitia Zicavo
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Heis (Chroniques) est un film entre le positif et le dramatique. Anaïs Volpé nous propose un premier long-métrage poétique, plein de sentiments contradictoires : la peur et l’audace, l’angoisse et l’espoir, la haine et l’amour. A la fois actrice et réalisatrice, elle s’engage dans un projet de plus de deux ans avec sa réalisation Heis.

Heis (qui veut dire « ne faire qu’un » en Grec), au-delà d’être un film, c’est toute une production crossmédia en trois volets : une série web « Pile ou face » de cinq épisodes, une installation artistique « Sur le mur » et un long-métrage « Chroniques ». A travers ces trois lectures complémentaires, ce projet auto-produit qui s’est réalisé sur deux années abouti finalement à la sortie du film le 5 avril prochain. Plusieurs fois récompensée, l’œuvre globale traite du thème de l’être humain cherchant perpétuellement à atteindre le « chiffre un », un combat quotidien.

Un mot revient souvent à la bouche du personnage principal Pia (Anaïs Volpé) : l’espoir. Tiraillée entre ce dernier et un désespoir générationnel, Pia tente de se sortir d’une situation précaire. Jeune artiste en quête de reconnaissance, elle est contrainte de retourner habiter chez sa mère, faute de moyen. Le film commence sur les pensées de la jeune fille, traduisant un effort pour rester positive à tout prix. Elle liste alors toutes les raisons pour lesquelles, « ça va plutôt bien », surtout les plus triviales telles que : « je n’ai pas plein de poils », « je ne suis pas agoraphobe », « je n’ai pas mal au genou ». Heis (Chroniques) c’est avant tout une histoire de famille, plusieurs histoires même. Il y a celle de la fille partie du cocon familial et qui revient pour une courte durée. Il y a celle de son frère Sam (Matthieu Longatte), rêvant de devenir boxeur professionnel et qui voit d’un mauvais œil le passage en coup de vent de sa sœur et le lui fait savoir. Il y a celle de la mère (Akéla Sari), attachante, qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants et ne comprend pas leurs choix. Heis (Chroniques) est aussi un film sur la culpabilité. Partir ou rester ? Telle est la problématique centrale pour la jeune Pia. De retour seulement provisoirement, elle doit gérer son envie de s’envoler et les reproches d’un frère qui n’ose pas. Une jalousie sous-jacente vient compliquer la relation fraternelle. Akéla Sari, en mère anxieuse, est impressionnante de crédibilité à l’écran, son jeu est d’une authenticité folle entre ingénuité et vérité. Quant à Matthieu Longatte et Anaïs Volpé, on s’habitue vite à leur jeu hésitant tant le spectateur est pris dans cette quête existentielle de sens.

Anaïs Volpé a voulu donner la parole aux enfants des années 90, aux adultes des années 2010, ces jeunes perdus et en recherche de sens à un âge auquel leurs parents ne se posaient pas tant de questions. Ce qui est touchant dans ce film, c’est le fossé d’incompréhension qui sépare deux générations, et le fossé des possibilités. Sur fond d’extraits des journaux télévisés, l’histoire se déroule. La réalisatrice a souhaité que le film soit très « plein » de pensées. Pour retranscrire la constante sollicitation dont chacun fait l’objet au quotidien à travers les écrans, elle a rempli le film de ces extraits audio et visuels au sujet du chômage, de la crise, du terrorisme. La réalisatrice a souhaité ce film à petit budget. A juste titre, elle ne voyait pas comment faire un long-métrage qui parle de jeunes qui galèrent avec de gros moyens. La promesse est tenue, même si le film semble plus parlant pour la génération de jeunes adultes de 20 à 30 ans que pour celle de leurs parents.

Heis (Chroniques), un film d’Anaïs Volpé, durée 90 min, sortie le 05/04/2017, en exclusivité au Luminor d’Hôtel de Ville.

Visuels : © Affiche et bande-annonce officielle du film Heis (Chroniques)


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