[Critique] du film « Good Time » Robert Pattinson anti-héros d’un film noir superbement stylisé

16 septembre 2017 Par
Gilles Herail
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Les frères Safdie nous embarquent dans une virée nocturne entre Night Call et Drive, qui revisite les bas-fonds de New-York aux côtés d’un Robert Pattinson magnétique. Good Time a du mystère, du style, de l’audace, du rythme, du spleen. Une excellente surprise et l’une des plus belles bandes originales de l’année (retrouvez également notre critique publiée à l’occasion de la présentation du film à Cannes).

Extrait du synopsis officiel : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.

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Les frères Safdie (Mad Love in New-York, Lenny and the Kids et The pleasure of being robbed) ont souhaité filmer une virée nocturne qui tourne mal, revisitant les bas-fonds de New-York aux côtés d’un anti-héros mystérieux. Un personnage fascinant dont les intentions précises resteront une énigme pendant tout le film. Petite frappe sans intérêt ou marginal brillant, frère protecteur ou manipulateur sans scrupules ? Robert Pattinson incarne avec énormément d’intensité ce jeune homme au charisme indéniable, qui réussit, au culot, à entrainer du monde dans sa descente aux enfers. Good time est ce contre-la-montre pour essayer de sortir d’un mauvais pas, la déambulation urbaine d’un paumé qui sait que la suite des évènements est bien mal enclenchée. Qui s’enfonce dans un cercle vicieux de fuites en avant et de violence parfois brutale.

Les deux cinéastes ont beaucoup travaillé l’ambiance, avec un son étouffant et une bande-originale hypnotique de Oneohtrix Point Never qui ne laisse quasiment aucun moment de répit au spectateur. La mise-en-scène est très présente, faisant à la fois de l’ultra-réalisme et de l’onirique, collant aux basques de son personnage tout en s’autorisant des plans plus contemplatifs sur la ville de nuit. Un cinéma d’atmosphère qui sait aussi créer du suspens et de la tension dans plusieurs scènes d’action bluffantes (les cinq premières minutes du film sont incroyablement millimétrées). Et s’appuie également sur des seconds rôles très solides, qui permettent de relancer le scénario au fur et à mesure. L’exercice de style est une pure réussite et un bonheur pour les amateurs de film de genre, mais la bonne surprise vient également de l’émotion qui vient pointer le bout de son nez là où on ne l’attendait pas forcément.

Good Time réserve une attention particulière au personnage du frère (incarné par Ben Safdie), atteint de troubles psy ou d’une déficience mentale, que l’on suit en ouverture et en conclusion. Un frère mutique, mal à l’aise et maladroit, sur la défensive, qui réalise qu’il ne comprend pas tout et cherche avant tout à rester dans son monde. Un second rôle qui symbole la dimension étonnamment humaine d’un film profondément attachant. Magnifiquement résumé par un morceau final (The pure and the Damned) qu’on vous met au défi de ne pas ré-écouter religieusement en boucle pendant plusieurs semaines. Chapeau.

 Gilles Hérail

Good Time, un film noir de Ben Safdie et Joshua Safdie avec Robert Pattinson, Ben Safdie, Jennifer Jason Leigh, durée 1h40, sortie le 13 septembre 2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film