[Critique] du film « Florence Foster Jenkins » Stephen Frears nous conte sa Marguerite

18 juillet 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Florence Foster Jenkins, inspiration de la Castafiore de Tintin, fait l’objet d’un second biopic en l’espace de seulement quelques mois, où Meryl Streep remplace Catherine Frot. Stephen Frears livre un portrait fidèle, tendre et léger, qui complète parfaitement le témoignage plus trouble de Xavier Giannoli sur Marguerite. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : L’histoire vraie de Florence Foster Jenkins, héritière new-yorkaise et célèbre mondaine, qui n’a jamais renoncé à son rêve de devenir une grande cantatrice d’opéra. Si elle était convaincue d’avoir une très belle voix, tout son entourage la trouvait aussi atroce que risible. 

Le fascinant personnage de Florence Foster Jenkins méritait bien deux films à la hauteur de sa dévorante excentricité. Xavier Giannoli s’en était très librement inspiré pour son Marguerite où Catherine Frot incarnait une amoureuse de musique richissime, chantant aussi mal que passionnément, et devenant l’égérie d’un mouvement anarchiste célébrant l’audace (malgré elle) de son anti-conformisme. Le réalisateur français filmait un jusqu’au-boutisme confinant à la folie, dans une tragédie riant jaune et assumant ses parts d’ombres et de gêne. Stephen Frears a préféré retracer fidèlement la fin de la vie de Foster Jenkins, replaçant l’action dans le New-York de la fin de la seconde guerre mondiale. On se croirait parfois dans un Woody Allen mineur avec la musique jazzy, les costumes qui vont bien,  la reconstitution d’un univers mondain faussement bienveillant et les soirées dansantes joyeusement alcoolisées. Et le ton est à la comédie, jouant sur les tics et les extravagances du personnage principal, interprété avec gourmandise par Meryl Streep.

Madame Florence ne jure que  par les salades de pommes de terre, affectionne les costumes les plus improbables, veut aider à sa manière les G.I. combattant en Europe et dans le Pacifique. Déambulant dans un univers naïf, une réalité parallèle bienveillante, un cocon de protection maintenu d’une main de fer par son mari qui veille à ce que personne ne rompe le charme. Le scénario convie des éléments ignorés par Marguerite, qui apportent de la profondeur à une femme victime d’un premier mariage malheureux, malade de la syphilis, acceptant sans totalement s’en satisfaire la double vie de son conjoint. Hugh Grant est parfait dans le rôle de cet époux aimant mais contradictoire, comédien raté qui consacrera sa vie à faire briller sa femme, à lui faire vivre son rêve, à éviter à tout prix qu’elle ne doive un jour se confronter à la triste réalité. La belle histoire de ce couple tenant contre vents et marées pour la beauté d’une passion donne à Florence Foster Jenkins une véritable tendresse. Sans égaler le chef d’œuvre de Giannoli qui s’extrayait de l’anecdotique pour proposer une réflexion plus profonde et plus trouble sur la libération des normes.

A voir également en DVD, le précédent film de Stephen Frears, The Program, revenant sur l’arnaque Lance Amstrong à travers un portrait à charge qui s’intéresse à la société de connivence, d’impunité et de d’arrivisme forcené qu’il incarne.

Gilles Hérail

Florence Foster Jenkins, une comédie dramatique anglaise de Stephen Frears avec Meryl Streep, Hugh Grant et Simon Helberg, durée 1h50, sortie le 06/07/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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