[Critique] du film « Divines » banlieue féminine, impétueuse, romanesque et lyrique

3 septembre 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Houda Benyamina défend un cinéma bouillonnant qui respire à l’énergie, au romanesque et au lyrisme. Divines invite l’opéra, la danse et l’univers du film noir dans un décor de banlieue renouvelé, qui refuse la grisaille monotone et revendique le flamboyant. Le résultat est inégal mais enthousiasmant, grâce à deux héroïnes magnifiques qui se voient offrir un destin plein de panache. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

On se souvient encore du discours enflammé de Houda Benyamina à Cannes après avoir remporté la caméra d’or. Divines est fait du même bois, de cette envie de grand sentiment, de refus de la sobriété polie. La représentation cinématographique des banlieues françaises continue d’évoluer et c’est tant mieux, en s’ouvrant notamment sur des figures féminines, après Papa was not a rolling stone et Bandes de filles. Divines n’a pas grand chose à voir avec le film de Céline Schiamma, auquel il est maladroitement comparé. Alors que Bandes de filles se concentrait sur les adaptations de l’identité de genre dans un univers viriliste, Divines s’est donné pour objectif de raconter des destins flamboyants et romanesques. Dounia est une jeune femme qui refuse la médiocrité, méprise le moyen, est prête à tout pour passer de la survie à la grande vie. Son parcours ne respecte pas de code de conduite moral ou de plan de carrière rationnel mais une quête de grandiose, de couleur, de tragique, de passionnel. Une héroïne en osmose avec les ambitions de la cinéaste, qui a souhaité insuffler du mythique dans un décor de quartier périphérique trop souvent réduit au grisâtre.

Divines se rapproche plus du Géronimo de Tony Gatlif que de La Haine de Kassovitz. L’enjeu n’est pas au « message » politique et social, mais au lyrisme. L’histoire d’une amitié fusionnelle, d’une passion naissante, d’une ascension fulgurante, d’une chute tragique, de choix qui évitent le juste-milieu. Les personnages secondaires esquivent tout autant la demi-teinte: une mère alcoolique, un travesti de cabaret, une cheffe dealeuse intraitable, un danseur contemporain. La musique reprend des airs religieux, d’opéra, revendiquant cette ambition de légendaire et de très-haut. On rit énormément grâce à la complicité des deux jeunes comédiennes (étonnantes Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena, qui se répondent du tac-au-tac avec bonheur. On se laisse emporter par le coup de foudre chorégraphié et les ballets de séduction de l’héroïne et son artiste. Et on vit intensément ce crescendo dramatique et émotionnel, loin d’être exempt de défauts, de baisses de rythme et d’intentions parfois trop soulignées. Divines mérite d’être vu, malgré ses maladresses, pour cette noble envie de présenter des jeunes femmes charismatiques qui dépassent leur caractérisation sociologique, existent par elles mêmes, sans être ni modèles, ni contre-modèles. Exigeant simplement le droit de vivre intensément.

Gilles Hérail

Divines, une comédie dramatique française de Houda Benyamina avec Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena, durée 1h45, sortie le 31/08/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film


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