[Critique] du film « Braqueurs » Sami Bouajila dans une tragédie d’action intense

7 mai 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Julien Leclercq signe son long-métrage le plus abouti et l’un des polars français les plus réussis de ces dernières années. Sami Bouajila et Guillaume Gouix apportent de la légitimité dramatique à une tragédie d’action intense opposant astucieusement deux classes de délinquants, braqueurs contre dealers (caméo réussi de Kaaris). Du très bon cinéma de genre, qui sait prendre son temps quand il le faut tout en divertissant. Notre critique du film.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Yanis, Eric, Nasser et Frank forment l’équipe de braqueurs la plus efficace de toute la région Parisienne. Entre chaque coup, chacun gère comme il peut sa vie familiale, entre paranoïa, isolement et inquiétude des proches. Cette fois, il ne s’agit plus de braquer un fourgon blindé, mais un go-fast transportant plusieurs kilos d’héroïne. Mais la situation s’envenime, opposant rapidement braqueurs et dealers…

Julien Leclercq fait partie des quelques cinéastes français qui se risquent encore au cinéma de genre, d’action, d’adrénaline, d’action, aux côtés de Frédéric Schoendoerffer, Jean-François Richet, Florent Emilio Siri ou Nicolas Boukhrief. Après Chrysalis, L’Assaut et Gibraltar, le réalisateur signe ici son meilleur film, qui a tout pour devenir un classique des DVDthèques. Braqueurs a eu la bonne idée d’embaucher des acteurs plutôt associés au cinéma d’auteur, qui donnent au film une vraie légitimité dramatique, sans renier l’ambition d’un spectacle d’action. Sami Bouajila se révèle dans un genre qu’il avait peu investi auparavant (Le dernier gang), froidement solide, encaissant les coups, leader discret mais incontesté. Aux côtés d’un Guillaume Gouix qui amène ses fêlures et sa dégaine attachante de bon gars rattrapé par ses mauvais choix.

Le film débute par une séquence de braquage millimétrée, tendue, brutale, qui nous embarque dans un univers de professionnels, prêts à tuer s’il le faut, mais qui n’en ont ni l’utilité ni l’envie. Des spécialistes, entrainés, précis, qui préparent minutieusement avant de se lancer, ne laissent pas de traces et savent se faire discrets le temps qu’il faut. Julien Leclerc frappe fort avec une scène très efficace, qui lui permet d’amorcer ce qui l’intéresse vraiment. L’après, le contre-coup, une fois que l’adrénaline est retombée, qu’il faut retourner à sa vie parallèle, blanchir l’argent, et préparer le prochain coup. Le film prend alors une tournure de chronique sociale, démystifiant la figure du braqueur, accompagnant les membres de l’équipe dans la quasi banalité de leurs vies amicales, familiales, sentimentales. Ce schéma bien huilé, routinier, va exploser lorsque le petit frère (interprété par Redouane Behache) commet un impair et met en danger l’ensemble du groupe, en s’attirant les foudres des dealers du coin.

L’accroche Braqueurs contre Dealers n’est pas qu’un slogan bien trouvé et permet d’opposer deux mondes : professionnels contre excités de la gachette,  organisation contre chaos, discrétion contre esbroufe. Une lutte des classes revisitée qui donne l’occasion à Kaaris de faire des premiers pas plutôt convaincants au cinéma (après le caméo de Fastlife). Le final intense prend des allures de tragédie, opposant deux groupes et deux méthodes, et forçant le personnage de Sami Bouajila à agir hors de son code de conduite.  Julien Leclercq peut se targuer d’avoir réussi un film noir dense, tendu, maitrisant son rythme, s’autorisant des moments intimes, cherchant l’intensité dramatique, sans perdre en efficacité. Braqueurs évite la glorification du grand banditisme tout en installant une vraie empathie envers les personnes principaux. On n’avait rarement été aussi scotché devant un film d’action français depuis très longtemps.

Gilles Hérail

Braqueurs, un film d’action français de Julien Leclercq avec Sami Bouajila, Guillaume Gouix, Youssef Hajdi et Kaaris,  durée 1h21, sortie le 04/05/2016 

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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