[Critique] du film « Bienvenue à Marly-Gomont » Kamini raconte l’intégration de son père

11 juin 2016 Par Gilles Herail | 1 commentaire

Julien Rambaldi réalise une comédie d’intégration dans la lignée de Nous trois ou rien et de La Vache, portée par le couple Marc Zinga / Aïssa Maïga . Le conte rassembleur et optimiste manque de légèreté et se retrouve trop souvent en pilote automatique. Bienvenue à Marly-Gomont émeut pourtant profondément en retraçant le parcours du combattant du père de Kamini, docteur africain devenu médecin de campagne dans un village qui mettra (beaucoup) de temps à l’accepter. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : En 1975, Seyolo Zantoko, médecin fraichement diplômé originaire de Kinshasa, saisit l’opportunité d’un poste de médecin de campagne dans un petit village français.
Arrivés à Marly-Gomont, Seyolo et sa famille déchantent. Les habitants ont peur, ils n’ont jamais vu de noirs de leur vie. Mais Seyolo est bien décidé à réussir son pari et va tout mettre en œuvre pour gagner la confiance des villageois…

Marly Gomont est ce fameux clip du début des années 2000 qui avait connu un buzz viral, décrochant même un passage remarqué au sacro-saint JT de 13h de TF1. Les médias en ont retenu une chanson rigolote alors que le morceau de Kamini était plus proche du règlement de comptes amer face au racisme ordinaire subi pendant des années que de la boutade affectueuse. Kamini a mis de côté le cynisme et la méchanceté de son titre pour rendre hommage à l’incroyable parcours de son père, avec une ambition qui rappelle celle de Nous trois ou rien de Kheiron. Le réalisateur Julien Rambaldi a retravaillé le scénario initial pour le rapprocher de comédies d’intégration rassembleuses comme La Vache, n’évitant malheureusement pas les lourdeurs inhérentes au genre. Et on pourra bien sûr regretter ici et là des caractérisations qui manquent de finesse (la plupart des habitants du village), une sous-intrigue politique caricaturale, quelques propos lénifiants et un déroulé du scénario en mode automatique. Le film vaut pourtant mieux que cette enveloppe mignonne et ce cahier des charges un peu formaté, en nous racontant une histoire bien plus complexe.

Celle d’une famille africaine de classe moyenne supérieure, lettrée, cultivée, habituée au confort, qui se retrouve propulsée dans un village paumé de la France des années 1970. Une arrivée difficile, qui fait face au mieux à l’incrédulité, au pire, au rejet frontal d’une grande partie de la population. L’intégration dans le film n’est jamais facile, passe par une bataille de tous les jours, face au racisme ordinaire quotidien, à l’école, dans la rue, le bar, l’église, et bien-sûr le cabinet. Mais le père (impeccable Marc Zinga) s’entête, ne cède pas, et multiplie les efforts pour sympathiser avec les locaux en allant picoler au bar, jouer aux fléchettes, serrer des paluches, en souriant et en serrant les dents. Bienvenue à Marly Gomont illustre la méfiance et la peur dans ce qu’elles ont du plus brutales. Car le docteur africain, pourtant diplômé en France, va devoir gagner la confiance d’ habitants qui refusent de franchir la porte de son cabinet. L’activité de médecin de campagne nécessite du respect, de la confiance, pour accéder à l’intimité, y compris physique, de ses patients. La scène-déclic de l’accouchement est à ce titre d’une grande force, malgré son traitement sur le ton de la comédie. Quand une femme sur le point de perdre son bébé ne peut contrôler son effroi et son dégoût à l’idée d’accoucher avec un docteur noir et l’insulte copieusement alors qu’il essaie de l’aider.

Le fait que Kamini ait choisi de raconter cette histoire plutôt que la sienne est symptomatique et l’hommage au père n’esquive pas la question de la frustration du reste de la famille. Car le père, obsédé par cette intégration à tout prix, force sa famille à rentrer dans le rang, serrer les dents,se faire discret, nier son identité, en attendant que le vent tourne. Au détriment de la mère (magnifiquement interprétée par Aissa Maiga) qui rêve de Paris et Bruxelles plutôt que ce trou qu’elle méprise. Mais aussi des enfants (dont Kamini lui même), qui regretteront de n’avoir eu le droit de parler lingala, jouer au foot et assumer pleinement leur double-identité. La presse type Les Inrocks a bien évidemment détesté, s’arrêtant, sans curiosité, aux vices de forme et à l’enveloppe de feel-good movie. Bienvenue à Marly-Gomont est beaucoup plus intéressant que ça, livrant entre les lignes un portrait sans concession d’une intégration rendue possible qu’en acceptant l’inacceptable. La France rurale des années 70 a bien-sur évolué mais une  revue rapide des derniers résultats électoraux dans la commune de Marly Gomont rappelle que les soit-disant clichés du film sont loin de n’être qu’un lointain mauvais souvenir.

Gilles Hérail

Bienvenue à Marly-Gomont, une comédie dramatique française de Julien Rambaldi adaptée de l’histoire de Kamini avec Marc Zinga et Aïssa Maïga, durée 1h36, sortie le 08/06/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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