[Critique] du film « A bras ouverts » avec Christian Clavier : les Roms n’avaient pas besoin de ça …

11 avril 2017 Par
Gilles Herail
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Le réalisateur de Qu’est-ce-qu’on-a fait au bon Dieu retrouve Christian Clavier après la déception Débarquement immédiat. L’idée de départ n’est pas en cause et les intentions n’étaient surement pas mauvaises. Mais A bras Ouverts sombre, on l’espère malgré lui, dans un portrait très négatif d’une communauté Rom déjà stigmatisée quotidiennement et qui n’avait clairement pas besoin de ça. 

Extrait du synopsis officiel : Figure de la scène littéraire et médiatique française, Jean-Etienne Fougerole est un intellectuel humaniste marié à une riche héritière déconnectée des réalités. Alors que Fougerole fait la promotion dans un débat télévisé de son nouveau roman « A bras ouverts », invitant les plus aisés à accueillir chez eux les personnes dans le besoin, son opposant le met au défi d’appliquer ce qu’il préconise dans son ouvrage. Coincé et piqué au vif, Fougerole prend au mot son adversaire et accepte le challenge pour ne pas perdre la face. Mais dès le soir-même, on sonne à la porte de sa somptueuse maison de Marnes-la-coquette… Les convictions des Fougerole vont être mises à rude épreuve !

abrasouverts

Les retrouvailles de Christian Clavier et du réalisateur de Qu’est-ce-qu’on a fait au bon dieu ont fait l’objet d’une polémique lancée avant même son tournage. Alors que les médias et les réseaux sociaux se sont insurgés contre le titre initial « Sivouplééé ! » et le pitch jugé stigmatisant (voir également la polémique subie par Gangsterdam la semaine dernière pour d’autres raisons). Qu’en-est-il après avoir visionné le film ? Philippe de Chauveron a souhaité retrouver les ingrédients ayant fait le succès de son premier film, en abordant un thème pensé comme « politiquement incorrect » pour moquer les sentiments de rejets mutuels entre communautés. A bras ouverts souffre pourtant d’un scénario qui renforce les clichés au lieu de les inverser. Dans le Bon Dieu, le juif était en échec professionnel, l’asiatique pas si réservé, l’arabe avocat, le père africain quasiment gaulliste etc. Dans A bras ouverts, les personnages roms embrassent l’ensemble des stéréotypes auxquels ils sont habituellement assignés : affreux, sales et méchants, voleurs, archaïques, violents. Ou victimes effacées sans aucune ligne de dialogue pour l’ensemble des personnages féminins.

L’éternel débat du « peut-on rire de tout », artificiellement relancé par déclarations interposées entre l’équipe du film et ses détracteurs n’est pas en jeu ici. La satire du penseur humaniste de gauche confronté à ses propres réflexes racistes (allumant l’alarme le soir, cachant les objets de valeur en loosedé) est d’ailleurs excellente. Le problème d’A bras ouverts vient de son incapacité à intégrer des éléments de balancier qui permettent au spectateur de prendre la distance nécessaire avec la comédie (le personnage du mangeur de taupes est quasi cartoonesque) et de ne pas être systématiquement conforté dans ses propres préjugés. Réduire l’absence d’éducation des Roms aux traditions familiales sans parler des discriminations subies pour l’accès à l’école républicaine est impardonnable (Voir l’article du Parisien sur le refus de scolarisation d’enfants roms à Saint-Ouen : http://www.leparisien.fr/saint-ouen-93400/le-maire-de-saint-ouen-refuse-de-scolariser-les-enfants-roms-13-09-2016-6116833.php). Ne présenter aucune évolution des personnages roms ni aucun contre-exemple d’intégration positive est tout aussi condamnable.

A bras ouverts est une comédie peu réussie qui ne mérite sûrement pas toute l’attention médiatique qu’elle a reçue. La polémique n’aurait pas dû être initiée avant même le tournage et Philippe de Chauveron a raison de s’attaquer à des sujets moins lisses. Mais le scénario contribue, on l’espère malgré lui, à une stigmatisation persistante d’une communauté qui n’avait vraiment pas besoin d’une publicité négative supplémentaire. (http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130928.OBS8922/93-des-francais-pensent-que-les-roms-s-integrent-plutot-mal.html).

Gilles Hérail

A bras ouverts, une comédie de Philippe de Chauveron avec Christian Clavier, Ary Abittan et Elsa Zylberstein,  sortie le 05 avril 2017 

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film

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