[Critique] « Demolition » Jack Gyllenhaal en résonnance parfaite avec Jean-Marc Vallée

10 avril 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Jean-Marc Vallée signe son meilleur film, grâce à une interprétation habitée de Jack Gyllenhaal qui résonne parfaitement avec le cinéma existentiel du réalisateur québécois. Demolition parle de deuil et de remise en cause personnelle, avec liberté, profondeur et drôlerie. Un film intense, gorgé d’émotions diverses, qui séduit totalement. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Banquier d’affaires ayant brillamment réussi, Davis  a perdu le goût de vivre depuis que sa femme est décédée dans un tragique accident de voiture. Malgré son beau-père qui le pousse à se ressaisir, il sombre de plus en plus. Un jour, il envoie une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques, puis lui adresse d’autres courriers où il livre des souvenirs personnels. Jusqu’au moment où sa correspondance attire l’attention de Karen, la responsable du service clients. 

Jean-Marc Vallée fait partie de ces cinéastes que l’on adore ou déteste, avec un style, des effets et une manière très personnelle de raconter ses histoires. Le réalisateur québécois a remporté de nombreuses récompenses pour le passionnant mais classique Dallas Buyer’s Club. Et c’est plutôt du côté de son méconnu Café de Flore ou de Wild (avec Reese Witherspoon) qu’il faut chercher pour retrouver cette tonalité si particulière à la Jaco Van Dormael (Le 8ème jour, Mister Nobody). J-M Vallée aime le cinéma existentiel, de la remise en cause personnelle, du combat intérieur. Et croit dur comme fer à la capacité du cerveau humain à penser son destin, à tracer son chemin. Ses détracteurs lui reprocheront, à raison, un lyrisme parfois appuyé, une passion des symboles, une tendance à l’effet clipesque. Mais c’est justement cette envie de voyage intérieur total qui fait de Démolition une des plus belles surprises de ce début d’année.

Jack Gyllenhaal était un choix parfait pour incarner ce quadra beau-gosse, lisse, rangé, bon gars, que le décès accidentel et brutal de sa femme va réveiller et transformer. Avec une réaction post-deuil inattendue, aussi maladroite que rock’n roll, qui le voit repenser sa manière de voir les choses. Le scénario part d’un sujet qui reste toujours aussi tabou: l’absence d’émotions et de larmes face à la mort. La bizarrerie du deuil qui provoque des effets inattendus et une remise en cause personnelle qui peut partir dans des directions étranges. Gyllenhaal trimballe pendant tout le film son sourire serein qui cache pourtant une nouvelle forme de radicalité. Un pétage de plomb discret qui le voit démonter compulsivement ses appareils électro-ménagers, entreprendre de démolir sa maison, et se lier d’amitié avec une mère et son fils un peu paumés.

Démolition garde en permanence un aspect caustique, dynamitant les passages attendus du film de deuil. Le scénario regorge de trouvailles et d’idées, comme cette relation épistolaire improbable avec le service consommateurs d’un distributeur automatique défaillant. On se sent bien aux côtés de ces personnages un peu en marge, à la Happiness Therapy, qui communiquent bizarrement mais se serrent les coudes. La bande-son est comme toujours incroyablement bien choisie et la mise-en-scène travaillée de Vallée colle parfaitement à l’état d’esprit d’un personnage en crise. Démolition n’a pas été très bien reçu par la critique américaine qui lui reprochait ce trop plein de clichés du cinéma indépendant. L’énergie du film lui permet pourtant d’aller plus loin que sa « recette » et de proposer un voyage intérieur incroyablement attachant. Un des coups de cœur de ce début d’année.

Gilles Hérail

Demolition, une comédie dramatique de Jean-Marc vallée avec Jack Gyllenhaal et Naomi Watts,  durée 1h41, sortie le 06/04/2016 

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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