[Critique] « Anomalisa » : voyage intime délicieusement étrange de Charlie Kaufman

7 février 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Charlie Kaufman et Duke Johnson nous offrent un voyage intime délicieusement étrange, dans un univers onirique aussi drôle qu’inquiétant. Anomalisa joue sur la forme pour mieux désarçonner le spectateur et le perdre entre rêve et réalité, réalisme et fantastique.  Une chronique existentielle insolite, déconcertante, à découvrir absolument. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Michael Stone, mari, père et auteur respecté de « Comment puis-je vous aider à les aider ? » est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie…

Anomalisa a fait le bonheur des festivals de Tellurique, Venise et Toronto et récolté une pluie de louanges de la part des critiques américaines. Le nouveau film de Charlie Kaufman et Duke Johnson est en effet une expérience de cinéma comme on aimerait en voir plus souvent. Qui invente une forme différente et nous embarque pour un voyage déconcertant dans l’imaginaire de son créateur. L’animation stop motion façon Wallace et Gromit n’avait jamais été utilisée ainsi et provoque un effet d’étrangeté immédiat. Charlie Kaufman filme un cauchemar éveillé où l’ensemble des visages sont dessinés à partir du même moule. Où tous les personnages s’expriment d’une même voix monocorde, qu’ils soient hommes ou femmes, vieux ou jeunes. Dans un décor aseptisé d’hôtel de ville moyenne qui prend, au fur et à mesure, une dimension de plus en plus inquiétante.

Anomalisa met son atmosphère très travaillée au service d’un portrait d’homme en pleine crise existentielle. Qui se retrouve malgré lui à remettre ses choix de vie passés et futurs en question, lors d’une nuit où le sentiment de solitude l’assaille et lui fait perdre ses moyens. Le ton se ballade entre mélancolie, cynisme et romantisme, jouant en permanence sur les différents tableaux. Les dialogues sont ponctués de saillies comiques efficaces mais le script maintient en permanence un trouble, gardant la gêne et l’émotion à portée de main.  Anomalisa est un film sur la crise de milieu de vie, la solitude, la dépression, la quête de l’électricité amoureuse, l’uniformisation, l’aseptisation. Ou peut être tout autre chose, tant les portes sont ouvertes pour des interprétations multiples qui varieront selon le vécu de chaque spectateur.

Le film s’enfonce progressivement dans cette incertitude aussi stimulante qu’effrayante. La frontière entre réel, crainte et fantasme se brouille. On ne sait ce qui relève de la métaphore, du fantastique, ou même de la folie. Et il faut accepter de se laisser emporter dans cet étrange voyage que l’on ne maitrise pas totalement et qui gardera une partie de ses secrets, y compris quand les lumières se rallumeront. On retrouve le type de sentiments que l’on avait pu éprouver devant Her de Spike Jonze, Réalité de Quentin Dupieux ou encore le court métrage Skhizein de Jérémy Clapin. Dans un film unique, qui demande une lecture active et curieuse de la part de son public. De l’art et essai animé passionnant qui méritera surement plusieurs visions pour en comprendre la complexité.

Gilles Hérail

Anomalisa, un film d’animation américain de Charlie Kaufman et Duke Johnson, durée 1h31, sortie le 03/02/2016

Visuels : ©  affiche et bande-annonce officielles du film

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