Bilan et classement du box-office américain 2015 : une année Star Wars et grandes franchises

5 janvier 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Le marché américain a battu un record en 2015 avec 11 milliards de dollars (les États-Unis ne comptent pas en entrées mais en recettes). Le succès historique de Star Wars 7, qui efface largement la marque établie par Avatar, est à l’image d’une année marquée par le triomphe des franchises et des valeurs sûres. Le public US aime ses grandes sagas, ne se lasse toujours pas de Marvel et perd de plus en plus l’appétit de la nouveauté et du divertissement d’auteur. Retour en chiffres sur le classement de l’année 2015, ses tendances, ses succès, ses flops et ses surprises. 

Le triomphe absolu des franchises

On en parlait déjà dans notre bilan du box-office français, 2015 aura été l’année de la victoire par KO des suites, reboots, remakes, spin-offs, prequels et autres anglicismes barbares. Le classement est dominé par les trois films les plus attendus de l’année et le podium ne surprend pas. Star Wars 7 Le Réveil de la Force devrait terminer sa carrière au-dessus des 900M$, loin devant le précédent recordman, Avatar. Jurassic World et Avengers 2 suivent à distance respectable avec des scores très solides (respectivement 650 et 450M$). Le reste du top 30 est monopolisé par le succès d’épisodes 2, 3, 4 (…) avec  Fast and Furious 7, Les Minions, Spectre, Mission Impossible 5, Pitch Perfect 2, Hôtel Transylvania 2, Bob l’éponge 2, Mad Max Fury Road, Divergente 2 etc. S’y ajoutent les adaptations de comics et de romans à succès qui ne brillent pas non plus par leur prise de risques (Ant-Man, 50 nuances de Grey, Cendrillon, Snoopy et les Peanuts). La liste est longue et ne diffère pas du classement mondial, démontrant une homogénéisation incontestable des goûts cinématographiques du grand public.

La comédie américaine mal-en-point

Le box-office américain réservait il y a quelques années une place de choix pour les comédies, quelle soient pour adultes (R-Rated), familiales, romantiques ou policières. La mode actuelle des grosses productions à effets spéciaux a réduit l’espace de la comédie traditionnelle qui peine à retrouver ses succès d’antan.  Si l’on met de côté le phénomène Pitch Perfect 2 qui relève plus du film de danse, la première comédie ne débarque qu’à la 23ème place avec Kingsman, devenu instantanément culte. Les autres comédies qui surnagent mettent systématiquement à l’affiche des humoristes ultra populaires qui ont fait les grandes heures de la télé américaine. Spy démontre la cote d’amour confirmée de Mélissa Mc Carthy, reine de l’humour américain contemporain (110M$). Le génial Will Ferrel retrouve les faveurs de ses fans avec deux comédies autour des 100M$ (Get Hard et Daddy’s Home). Et le très talentueux Judd Apatow revient en force avec le succès de Crazy Amy qui doit beaucoup à la présence d’Amy Schumer. Le reste surnage sans conviction avec de très nombreuses déceptions, y compris parmi les suites (Ted 2, Paul Blart 2).

La fin du star-system hollywoodien

Hollywood a construit sa puissance sur les studios mais aussi sur les « stars ». Des acteurs et des actrices mythiques capables de porter un film sur leurs seules épaules. Jusqu’il y a quelques années, une poignée de comédiens pouvait encore revendiquer ce statut mais le bilan 2015 confirme que cette époque est bel et bien révolue. Will Smith ne s’est jamais remis du bide d’After Earth et sa reconversion vers des drames plus adultes n’a pas attiré la curiosité du  public (à peine 50M$ pour Concussion et Focus). L’association de Tom Hanks et Steven Spielberg aurait jusqu’à peu suffi à créer l’évènement mais Le pont des espions n’a pas décollé avec seulement 70M$. Sandra Bullock qui est l’une des vedettes les plus puissantes de l’industrie a également déçu avec son nouveau film passé inaperçu (Our Brand is crisis). Même Bradley Cooper, que l’on pensait au sommet de sa carrière a enchainé deux bides (Welcome Back et A vif). Les marques sont plus fortes que les castings et peu d’exceptions résistent. On pense surtout à The Rock qui a étonné en décrochant le succès surprise de l’année dans San Andreas que personne n’attendait et qui décroche une place dans le top 20 (155M$).

La faiblesse des productions originales et des budgets moyens

Le succès des franchises laisse très peu de place aux productions originales et beaucoup de propositions innovantes, réussies ou non, s’y sont cassé les dents. La science-fiction optimiste de Brad Bird a fait perdre beaucoup d’argent à ses producteurs (90M$ pour Tomorrowland). Le délire geek très sympathique Pixels s’écrase à 80M$. Le space-opéra des Wachowski, Jupiter Ascending fait partie des fours emblématiques de l’année (47M$). Everest n’a pas réussi à relancer le film de survie en montagne (40M$) et l’univers baroque étrange de Pan a été largement boudé (40M$). Les films de genre sont à la traine et les thrillers les plus vus restent confidentiels (60M$ pour Black Mass et 40M$ pour Sicario). Un vent de panique souffle sur les défenseurs du « cinéma du milieu » et des blockbusters visionnaires qui devront se contenter de quelques exceptions qui confirment la règle. American Sniper est devenu un petit phénomène de société, dépassant les 350M$. L’inventivité folle de Vice-Versa a trouvé son audience grâce à des retours publics/presse exceptionnels (356M$). The Martianet son étonnant concept de comédie de survie sur Mars a explosé les compteurs (225M$). Straight outta Compton a rameuté tous les nostalgiques de raps 90s (160M$). Creed a réussi à relancer Rocky avec un nouvel acteur prometteur (100M$). Et c’est à peu près tout.

Tendances 2016

Les vainqueurs 2016 semblent connus en avance et l’avalanche de suites en tout genre devrait une nouvelle fois asphyxier les productions originales (Captain America 3, Batman vs Superman, Star Wars Rogue One, Independance Day 2, X-Men Apocalypse, Star Trek 3 etc.). Les sauveurs habituels seront absents car Pixar ne sortira qu’une suite (Le monde de Dory) et Christopher Nolan sera en plein tournage de son prochain film. Le classement du box-office US 2016 est donc très mal parti pour s’ouvrir à une plus grande diversité. On en reparle l’année prochaine.

Pour retrouver l’intégralité des chiffres, consultez BoxofficeMojo qui recense l’ensemble des statistiques disponibles et est l’incontestable référence dans le domaine.

Gilles Hérail

Visuels : ©  affiches officielles des films


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: