[Berlinale] « Fuocoammare » : vies (et morts) quotidiennes à Lampedusa

13 février 2016 Par Elie Petit | 0 commentaires

De sa longue période de tournage à Lampedusa, Gianfranco Rosi tire un documentaire de deux heures sur le quotidien de vie et de mort sur l’île et son horizon proche.

Note de la rédaction :

En l’absence totale de voix off, ce sont les voix des protagonistes qui nous enseignent Lampedusa. D’abord la candeur, le naïveté et la soif de savoir de Samuele 12 ans, fils de pêcheur. Il passe son temps à se balader dans l’île, à tenter d’apprivoiser la nature, à y prendre sa place en chassant les oiseaux avec un ami. Puis viennent les alertes, les gémissements des migrants, sortis des bateaux, déshydratés, au bord de la mort.

Il y a aussi cet animateur radio, qui souhaite courage à tous, sur les ondes et passe des standards de jazz depuis sa cabine. Il joue un vrai rôle social et annonce le temps qu’il va faire autant que le décompte des morts journaliers, noyés en Méditerrannée ou échoués sur les côtes. Enfin, il y a les sauveteurs, quasi-muets, sauf pour compter, en combinaisons blanches, pris dans un cycle infernal (veille/recherche en mer/abordage/sauvetage/diagnostic/identification/fouille/identification).

La plupart des migrants sont des africains d’Erythrée, du Tchad, du Niger, du Nigeria, de Côte d’Ivoire. Passé l’abordage, ce sont les pleurs de relâchement pour ceux qui ne sont pas morts dans la cale brulante. La souffrance des corps et des âmes est partout, prégnante. Les scènes de contact radio sont très fortes, les émetteurs/récepteurs tournent et soudain la voix du groupe à la dérive suivie de l’échange avec le garde côte italien. Et toujours la difficulté à transmettre les coordonnées « Venez nous secourir, nous coulons, nous ne bougeons pas ! ». Glaçant.

Le personnage du médecin et son témoignage font penser à certains passages de Shoah de Claude Lanzmann par leur froideur devant les images douloureuses de corps brûlés. Quant à l’enfant, la grand-mère, le père, son ami, ils vivent une vie quasi-parallèle au destin des arrivants. Un choix de narration étrange pour une métaphore difficile autour du monde imaginaire de l’enfant, regardant souvent l’horizon de la mer.

Fuocommare n’est pas une perle. C’est un bon document, un témoignage dont certains moments, comme le chant de ce nigérian racontant son périple à travers le Sahara et la Lybie, puis la mer. Des climax de survie qui laissent place à un calme de mort. Sans cesse.

De Gianfranco Rosi
Avec Samuele Pucillo, Mattias Cucina, Samuele Caruana, Pietro Bartolo, Giuseppe Fragapane

Visuel : (c) DR


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