A Cannes, on a vu « The neon demon » : lourd, poseur, et fulgurant parfois

23 mai 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Mayday, on est en train de perdre l’artiste Nicolas Winding Refn ! En Compétition cette année à Cannes, le voici, aux commandes d’un grand-film-absolu-indigeste sur le mannequinat, où rire, peur et émotion ne sont pas légion. Quelques éléments pertinents ou frappants relèvent son niveau.

Note de la rédaction :

Ça y est : dès le générique de début, on le voit au bas de l’écran, le terrible logo « NWR ». « NICOLAS WINDING REFN ». Il change d’ambition, celui qui nous bouleversa avec Bronson ou Pusher III, et nous stimula encore un peu au moyen de Drive, ou de Only God forgives. Désormais, ses plans-tableaux vivants vont être signés. Enfin, on dit « vivants », mais ce qui guette surtout, dans The neon demon, c’est l’absence de vie, justement. Le hiératisme. Au-delà des néons, des couleurs scintillantes, ou des stroboscopes, on remarque une chose : ABSOLUMENT TOUS LES ACTEURS du film commencent leurs répliques avec trois secondes de latence. C’est un parti-pris. Il n’étouffe pas totalement les scènes, il se passe quand même quelque chose entre les personnages. Mais on se fatigue vite de ce procédé qui tourne à la pose, on finit par le trouver appuyé. Et d’autres avec lui.

Le monde du mannequinat est froid. Pour le décrire, Nicolas Winding Refn devait-il à tout prix le battre en froideur, en cruauté, en inhumanité ? On peut en douter. D’une part, sa mise en scène use d’effets assez vains, qui n’émeuvent pas, d’autres part, son histoire piétine. Sa toute jeune héroïne, Jesse (Elle Fanning, brillante), accueillie comme un miracle par ceux qui conçoivent la mode, va se brûler les ailes. Le danger qui va la frapper sera inattendu, en fin de compte. Et on aimera ça. Sauf qu’une telle histoire aurait pu être contée de façon plus digeste, sur une durée plus courte. Ici, tout semble étiré, pour la satisfaction du réalisateur. Certaines scènes, pourtant, sont très justes, tel ce passage où Dean l’aspirant photographe (Karl Glusman, découvert dans Love) essaye d’imposer son idée de la beauté, ou ce premier échange entre Jesse et trois autres mannequins. Mais on oublie ces aspects positifs, du fait des autres rebondissements, banals ou abscons, dilatés sur un temps abusif.

On ne demande pas forcément à Refn de défendre, au sein de ses films, des idées, ou un vrai fond. On veut juste qu’il ne s’abîme pas dans de l’esthétique vide. Ici, il insiste trop. Peut-être s’est-il laissé happer, fasciner par le milieu qu’il décrit… Nous, on regrette de ne pas être touchés. On préfère lorsque la retenue, le maniérisme, disparaissent. Lorsque le film offre des scènes physiques longues, tel ce moment de sexualité déviante vécue par Ruby (superbe Jena Malone, vue entre autres dans Donnie Darko). Ou lorsqu’il laisse toute la place aux acteurs – Keanu Reeves excepté, lui qui ne fait que passer. On découvre à ce titre un incroyable Desmond Harrington, qui campe un photographe chauve et froid… Une froideur juste, pour le coup. Le final aussi sera plutôt inspiré et cohérent. Ces pépites rappellent le Refn enragé, qu’on a tant aimé pour ses films physiques, et pas physiquement parfaits …

*

Visuels : © The jokers / Koch Media (photos 1 et 2 : Elle Fanning / photo 3 : Jena Malone)


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: