Soixante ans d’Afrique du Sud dans l’objectif de David Goldblatt à la Fondation Henri Cartier-Bresson

11 janvier 2011 Par
Yaël Hirsch
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Jusqu’au 17 avril, la Fondation Henri Cartier-Bresson expose soixante tirages argentiques du artiste artiste Sud-africain exposé au MoMa (1998) et qui a reçu le Prix henri Cartier-Bresson en 2009 : « TJ 1948-2010 » retrace une intimité de plus de soixante ans entre le photographe et sa ville de Johannesburg. Une relation fulgurante faite de visages, de paysages, d’Histoire et de violence. Superbe.

La famille lituanienne de David Goldblatt a quitté l’Europe à la fin du 19e siècle pour fuir les persécutions antisémites. Chef de file de la photographie sud-africaine Goldblatt a imprimé sous tous les angles la ville de « Joburg » pendant plus de soixante ans. C’est elle qui influence son objectif, par la séparations racistes et sociales de l’apartheid proclamé en 1948 et par l’extrême violence qui y règne encore aujourd’hui.  Cette passion pour Johannesburg  se retrouve dans le titre de l’exposition « TJ » faisant référence aux anciens enregistrement des plaques d’immatriculation des voitures de la ville.

Le premier étage de l’exposition revient sur des clichés datant de 1948 à la fin de l’apartheid, en1990. Johannesburg est avant tout la ville aux mille visages et David Goldblatt excelle dans l’art du portrait.  Mettant en scène deux noirs debout portant une plaque d’immatriculation, le cliché d’ouverture « Elle lui dit : ‘Toi tu serais le chauffeur et moi je serais la madame’, puis il attrapèrent le pare-choc et prirent la pose » (1975) donne la couleur de l’oeuvre du photographe pour qui l’appareil est un moyen de s’engager politiquement. Qu’il s’agisse de personnages seuls, certains blancs, comme le Capitaine de la mine de Citydeep (1966), d’autre noirs, comme une « Vendeuse, Orlando West » (1972). Goldblatt aime le pittoresque des Cafés-de-Move-On, stands ambulant vendant des victuailles, et excelle également dans les scènes de foule, notamment pour dépeindre les gangs, ou les aires de jeu où des enfants noirs prennent la pose.

 

SLEGS BLANKES / EUROPEANS ONLY, 1973,copyright David Goldblatt, Courtesy Maria, Goodman gallery, Paris

Le superbe « Blancs uniquement » (1973) mettant en scène une petite fille blanche assise seule sur un banc qui proclame ce credo devant une maison vide pourrait être une métaphore de tout l’apartheid. Et un condensé de l’art de Goldblatt, qui joue avec la perspective et la lumière pour creuser la réalité politique. Ses paysages sont également hautement symboliques, comme son «  »Monument érigé par les boers de la guerre des Boers (1899-1902), en commémoration du centenaire du Great Trek (l’exode des Afrikaners du Cap vars l’intérieur des terres, entre 1834 et 1845, qui fut dévoilé le 3 décembre 1938, Vrederdorp)… »

Comme ce dernier titre en témoigne, Goldblatt est si précis qu’il va jusqu’à décrire le contexte de ses clichés dans leurs titres. Et donne souvent des leçons d’Histoire. Au deuxième étage, c’est autour de plans de cellules de détenus pendant l’apartheid et de plans photos de construction de la ville, qui fonctionnent comme des points de repère, que l’artiste expose une série plus récente. Intitulée « Ex-offenders » (2010), cette dernière interroge la violence ordinaire du pays en prenant en photo de coupables sur les lieux de leurs crimes. Rencontrant ces coupables comme des « gens ordinaires », il les présente de manière « anodine » et consigne sous chaque photo leur histoire.  Et Goldblatt estime que tous ont des raisons d’avoir agi de la sorte et comme la plupart « tente de revenir dans le droit chemin », il préfère les appeler « anciens délinquants ». Ainsi de cette mère qui a fini par étrangler son fils junkie qui la menaçait ou de cet ancien policier de l’apartheid qui a torturé et tué un suspect. La somme de ces photo est éblouissante et fait longuement réfléchir…

 

Khaululwa Pali, 2010, copyright david Goldblatt, Courtesy Marian Goodman Gallery, Paris

Ne manquez pas la rencontre qui a lieu avec David Goldblatt au Musée d’Art et du judaïsme, le 12 janvier à  19h30.

Et l’exposition « TJ : Some things old, some things new and some much the same » à la galerie parisienne de l’artiste, Marian Goodman, du 15 janvier au 19 février 2011.

 

Soixante ans d’Afrique du Sud dans l’objectif de David Goldblatt à la Fondation Henri Cartier-Bresson

Informations Pratiques


A partir du 12 janvier 2011 jusqu'au 17 avril 2011

Lieu: Fondation Henri Cartier-Bresson, 2, Impasse Leboui, Paris 14e, m° Gaité, 6 euros (TR 3 euros).

Horaire:
mardi, jeu, ven, dim, 13h00 - 18h30,
sam 11h00 -18h45,
mer 13h-20h30
fermé le lundi

Rencontre avec David Goldblatt, le 12 janvier, 19h30, MAHJ, Hôtel de Saint-Agan, 71, rue du Temple, Paris 3e, m° Rambuteau ou Hôtel de Ville, réservation : reservations@mahj.org " TJ : Some things old, some things new and some much the same", Galerie Marian Goodman, 79, rue du Temple, Paris 3e, mar-sam, 11h-19h, Vernissage le 15 janvier de 18h à 20h.