Art Paris 2016 : les artistes parlent d’un monde en guerre

30 mars 2016 Par Araso | 0 commentaires

Art Paris 2016 s’ouvre jeudi 31 mars au Grand Palais avec, comme chaque année, son cortège de galeries et d’artistes internationaux et pour cette édition la Corée à l’honneur. Dans le prolongement de 2015 et d’une Biennale de Venise marquée par le sombre dialogue des artistes avec le futur, galeristes et créateurs proposent un corpus d’œuvres introspectif et « low profile ». Cette communion païenne autour d’un monde en berne que l’hédonisme déserte n’est pas récente. Elle éclate aujourd’hui sans fard ni paillette. 

Chantal Fontvieille travaille depuis plusieurs années le thème de la cible. Représentée par la galerie Françoise Besson à Lyon (stand B12) elle a fait sienne cette représentation de pure violence qu’est une cible criblée de balles. Elles récupère des cibles de tir usagées et répare à sa façon la blessure causée par l’impact. Pour les dix ans de la galerie en 2015, Françoise Besson propose le sujet  »devenir arbre » à ses artistes, ou comment le fait de rester debout dans la tourmente, solide, enraciné, est un acte de pugnacité et de résistance. Pour l’occasion, Chantal Fontvieille réalise des pièces organiques dans la pure veine de l’art brut et façonne des tranches d’arbres à la gouge qui ressortent sur son support à la presse. La sève fluide, source de vie, panse les plaies.

Plus loin, sur le stand A14 du Fonds culturel de l’Ermitage, c’est un arbre calciné de l’artiste polonais-brésilien Frans Krajcberg, qui engagé avec fièvre pour l’écologie et la sauvegarde de la planète, qui nous contemple depuis ses hauteurs. Calciné, comme les morceaux de charbon érigés en mobiles de la désolation par Bahk Seon-Ghi, representé par la galerie Andres Thalmann de Zurich (C20) et la galerie 313 Art Project de Séoul, désormais habituée de la foire (D10) dans une série poétique intitulée « Aggregation« . Calcination aussi chez Lionel Gibout qui promet avec son « Attrape-feu » de protéger des flammes comme on protège des mauvais rêves (Galerie Françoise Livinec, E10). Ballet de cendres pour cette édition.

Si l’organique inspire inépuisablement les artistes, la rue n’est pas en reste. Ken Sortais (Galerie Under Construction, Paris, G13) continue de faire du graf avec ses amis mais cette fois, prélève des choses dans la rue plutôt que de laisser une trace. Son sphinx sur une tombe dont il a fait une empreinte est un tirage en mousse expansive teint dans la masse: une forme diffuse et calcinée en équilibre sur un mur. Ni repos, ni mouvement, une attente.

Une rue dans un monde en guerre, c’est un champ de bataille. L’esthétique devient militaire chez Dimitri Tsykalov avec son « MAP II, 2015 Caisse à munitions militaires » qui n’est ni plus ni moins qu’un tableau fait d’enchevêtrements de caissons de bois (Galerie Rabouan Moussion C15). On retrouve aussi l’artiste islandais de tout premier plan Errò, avec ses héroïnes mi-manga mi-comics hyper sexualisées et armées jusqu’aux dents dans leurs costumes moulants de superwom(e)n. 

Le sujet « Homme », dans tout ça, est comme pétrifié, englouti dans une torpeur ou évanoui sur l’autel du « no future ». L’insulaire Bernardí Roig, né à Majorque, imagine des hommes de résine à échelle humaine, bedonnants et congelés dans leur graisse comme foudroyés en pleine crise de boulimie (« Frost » 2006, galerie Mario Mauroner, D9). Son travail sur la mémoire interroge la façon dont après sa disparition, un individu continue d’exister par sa présence.

Autre travail qui sort complètement du cadre, celui de The Kid (Galerie Alb – Anouk Le Bourdiec B17) qui présente « I go alone: portrait of a lost generation« . Un skater évanoui sur un lion comme une pieta version 2016, son skate board en guise de crucifix, gît sur un autel en marbre un flingue coincé dans son short. Une invitation à la catharsis pour une génération hyper connectée qui va trop vite, trébuche et erre dans les couloirs d’un monde qui n’a pas de sens, surexposée à l’isolement et le soi comme seul repère social. Le rouge crie, le sang se fait discret. Ici les visages sont sobrement taggés au pinceau à large brosse.

Après être rené de ses cendres, l’homme post-moderne sera un humanoïde mutant à l’ADN modifié. Sa peau se couvrira de plumes comme dans les sculptures ultra fétichistes de la britannique Lucy Glendinning, (Galerie Da-End, Paris, D3). Son bébé endormi sur sa couette et sa petite oreille toute en plumes noir de jais interpellent, troublent, dérangent avec leur poésie décalée à la limite du bon goût.

Pour un peu d’humour, le rendez-vous est stand B20 (galerie Huberty & Breyne) où l’impayable Philippe Geluck et son illustre chat dérident les zygomatiques -et ça fait du bien.

Visuels © Araso

 


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