Marc Riboud, une vie de photographe au service de l’intensité

5 septembre 2016 Par Charles Filhine-Trésarrieu | 0 commentaires

Le célèbre photographe Marc Riboud nous a quitté le 30 août dernier, à l’âge de 93 ans. Ancien résistant et pilier de l’agence Magnum, il était surtout connu pour ses images et ses reportages en Asie. Il a traversé le XXe siècle en s’efforçant de « photographier le plus intensément possible la vie la plus intense ».

C’est un grand nom de la photographie mondiale qui s’est éteint mardi 29 août 2016. Né en 1923 à Saint-Genis-Laval, près de Lyon, Marc Riboud fut le témoin discret de tous les grands événements qui secouèrent le XXe siècle. Sa jeunesse fut marquée par la Seconde Guerre mondiale, lors de laquelle il s’engagea dans la Résistance, prenant part aux combats dans le Vercors en 1944. Cette expérience fut déterminante pour sa carrière durant laquelle il couvrit de nombreux conflits, de l’indépendance algérienne à la guerre du Vietnam. Son premier coup d’éclat eut lieu en 1953 lorsqu’il réalisa sa célèbre photographie d’un peintre de la Tour Eiffel,personnage d’équilibriste sans filet effectuant son travail avec une aisance et une légèreté déconcertante. Cette image lui permit la même année d’obtenir sa première publication dans le magazine Life, figure de proue historique du photojournalisme. Tout au long de sa carrière Marc Riboud a ensuite vu ses clichés publiés dans de nombreux magazines prestigieux dont Life, Stern, National Geographic, Geo ou encore Paris-Match. Son image du peintre a aussi attiré l’attention de Robert Capa et Henri Cartier-Bresson, deux autres grands noms de la photographie, qui lui proposèrent alors de rejoindre la prestigieuse agence Magnum en 1953. Il y passa vingt-six années, en en étant même président de 1974 à 1976, avant de claquer la porte de l’agence en 1979, écœuré par les conflits entre reporters en quête de gloire à tout prix.

A partir du moment où il parvint à devenir un photojournaliste reconnu, son métier lui offrit l’opportunité de parcourir le monde, en particulier le continent asiatique pour lequel il se prit de passion et qu’il sillonna dans son intégralité. Il consacra son premier livre, Femmes du Japon, à la culture nippone. Marc Riboud avait cette volonté de se rendre là où on les journalistes occidentaux étaient absents. À une époque ou la guerre froide déchirait le monde en deux, il choisit d’effectuer des reportages en Chine populaire, en URSS, au Nord-Vietnam et de couvrir les indépendances des anciennes colonies française en Algérie et en Afrique subsaharienne en 1960. Le monde se souviendra aussi de Marc Riboud comme le discret auteur de la célèbre photo de « La Fille à la Fleur » prise aux États-Unis le 21 octobre 1967 lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam devant le Pentagone à Washington. L’image mettait en scène Jan Rose Kasmir, une jeune manifestante opposant une simple fleur aux baïonnettes menaçante des soldats américains lui intimant de reculer. En prenant ce cliché, le photographe donna un visage iconique à la jeunesse pacifiste américaine. Au cours des deux années qui suivirent, Marc Riboud couvrit le conflit au Vietnam en étant l’un des rares reporters occidentaux à se rendre dans le nord du pays, dans les territoires appartenant aux vietcongs qui s’opposaient à la présence américaine.

Pour son talent, son courage et son humanisme, Marc Riboud reçut plusieurs prix, dont le Leica Timelife Achievement Award pour l’ensemble de sa carrière en 2001. Il est l’auteur d’une quinzaine livre dont les plus connus furent Huang Shan, les montagnes célestes, Demain Shanghai, Algérie / Indépendance, L’instinct de l’instant et Les Tibétains. En 2011 le photographe fit don au Centre Georges Pompidou, le Musée national d’art moderne, d’une collection impressionnante de tirages originaux. Le 2 septembre 2016 la présidente du Musée Guimet, le Musée national des arts asiatiques, a fait savoir que selon les volontés du reporter ses archives allaient être conservées par le musée. Marc Riboud est actuellement exposé à Perpignan, au festival international du photojournalisme Visa pour l’Image, jusqu’au 11 septembre 2016. Les visiteurs peuvent redécouvrir des clichés que le photographe avait réalisé à Cuba au cours de l’année 1963. Se trouvant souvent là où les grands événements avaient lieu, Marc Riboud avait ainsi réalisé un portrait connu du leader cubain Fidel Castro la veille de l’assassinat du président américain John Fitzgerald Kennedy. Mardi dernier celui qui a accompagné le XXe siècle tout le long de son histoire a à son tour rejoint la postérité, laissant derrière lui une quinzaine d’ouvrages, un fond d’images colossal et le souvenir d’un homme humaniste dont les photographies font déjà partie de la mémoire collective du monde.

Visuels : © Wikimedia Commons (Jean-Pierre Naud), Flickr (Marc Riboud)


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