L’humour néon de François Morellet au Centre Pompidou

1 mars 2011 Par
Yaël Hirsch
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Pour ce qu’il appelle avec ironie sa « ‘455 e exposition personnelle », François Morellet a préféré à une rétrospective classique de ses 60 ans de carrière une « réinstallation » à la fois majestueuse et ludique de ses « installations » éphémères. Alors que l’affiche de cet évènement au Centre Pompidou pourrait peut-être faire craindre une autre exposition de « néons » dans les canons rigoureux et parfois austères de l’abstraction géométriques, le visiteur découvre en François Morellet un artiste accompli de 83 ans dont les plus grande force est son sens de l’humour. Un parcours séduisant de 1963 à nos jours, à voir avant le 4 juillet 2011.

25 ans après l’avoir exposé, le Centre Pompidou met François Morellet à l’honneur dans sa série des rétrospectives consacrées  aux grandes figures de l’art actuel. Plutôt que de choisir un parcours chronologique « classique » l’artiste a préféré imaginer une « réinstallation » des grandes installations éphémères qui l’ont fait connaître. Par définition, l’exposition ne peut-être tout à fait chronologique puisque certaines œuvres ont été « installées » à plusieurs reprises, mais avec la complicité des deux commissaires, Alfred Pacquement et Serge Lemoine, l’artiste a su rendre dans le parcours qu’il propose la trajectoire des évolutions de son travail.

Ce travail appartient au courant de l' »abstraction géométrique » mais se détache de figures très (trop?) sérieuses comme Pierre Soulages (auquel le Centre a consacré une rétrospective monumentale l’an dernier)  par son ironie, son caractère ludique et son sens de la mesure. Travaillant depuis 1960 avec le collectif qu’il a fondé, le « Groupe de recherche d’art visuel » (GRAV), Morellet est en effet extrêmement rafraichissant car il évite systématiquement l’écueil du narcissisme. Ainsi, il avoue avec modestie qu’il croyait en 1963 être un des premiers avec Dan Flavin et martial Raysse à utiliser le néon, mais qu’en fait l’artiste tchèque Pesanek s’en servait… depuis les années 1920.

Si Morellet s’est fait connaître avec « néon 0°-45°-90°-135° avec 4 rythmes interférents » (1963-2011)  néon n’est qu’un aspect (certes central) du travail de François Morellet qui s’y est intéressé pour sa forme pure (la ligne droite) et les jeux qu’il peut susciter. En effet, Morellet s’est donné un but : « J’essaie d’avoir le moins de création subjective, le moins de décisions possibles. Je ne dois employer que des réseaux de lignes et les superposer« . Ses œuvres sont donc ouvertement sans message et jouent seulement à créer un système  géométrique strict qu’elles essaient de mettre en défaut. Ainsi de C’est avec ironie, et à la manière libre des artistes dada que Morellet fait éclater les cadres. Ainsi de « Répartition aléatoire de 40 000 carrés suivant les chiffres pairs et impairs d’un annuaire de téléphone, 50% bleu, 50 % rouge » (1963) présenté à la IIIe Biennale de Paris et qui malgré toute sa rigueur de pourcentages et de nombres brouille les repères visuels du spectateur. L’ironie est omniprésente chez Morellet qui estime que ses titres même sont « incongrus » et qu’ils « libèrent [ses] œuvres du sérieux qu’on pourrait y voir et qu'[il] déteste ». Son regard sur son œuvre fait lui aussi sourire, notamment sur les installations des années 1960 qu’il trouve dans l’esprit politique de leurs temps lorsqu’elles invitent systématiquement le visiteur à jouer avec les néons et à brouiller lui-même le bel ordre géométrique de ses créations. Sans jamais se dédire (et le public s’amuse franchement à souffler du vent pour déformer la Joconde reproduite sur un voile dans l’installation « La Joconde déformée » (1964), ou à allumer et éteindre les néons de l’élégant et monumental « 2 trames de tirets 0°-90° avec participation du spectateur » (1971)) et prenant parfois le contrepied de ce que l’on attend de lui (à partir de 1988, il quitte presque l’abstraction avec ses revisites de Picasso et Delacroix quand il les « défigure »; et  ses Géométree des années 1980 confrontent les formes géométriques au ruban ou au crayon à l’art pauvre et émouvant de branches d’arbres), Morellet clôt l’exposition par des grandes installations de néons qui impressionnent par leur beauté et leur élégance. « L’Avalanche » (1996), qui quadrille 36 tubes de néon bleus de 2 m de longueurs par les fils qui les relient au plafond, est un monument d’une beauté formelle saisissante.

Il est tellement rare de pouvoir se pencher sur le travail d’un immense artiste qui vous repose (absence volontaire de message), vous amuse (l’ironie et le caractère interactif des œuvres) et vous éblouit (la majesté de l’abstraction géométrique), qu’il serait dommage de se priver de cette exposition François Morellet.

 

 

Visuels :
1) Grand angle : 2 trames de tirets de néon 0°-90°avec participation du spectateur, 1971, Tubes de néon blanc, commutateur Dimensions variables. Collection de l’artiste Vue de l’installation : Luxembourg, Casino – Forum d’art contemporain, 2000 © François Morellet © Adagp, Paris 2011
2) Affiche : François Morellet devant son œuvre : Répartition aléatoire de 40 000 carrés suivant les chiffres pairs et impairs d’un annuaire de téléphone, 50 % bleu 50 % rouge, 1963
Papier mural sérigraphié, ampoule électrique.
3) Reflets dans l’eau déformés par le spectateur, 1964. Bois, contreplaqué, tubes de néon blancs, bac métallique, eau, système mécanique manuel. 240 × 108 × 108 cm. Vitry-sur-Seine, MAC/VAL, Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne © François Morellet © Adagp, Paris 2011. Dimensions variables Cholet, musée d’Art et d’Histoire (copie d’exposition) © François Morellet © Adagp, Paris 2011
4) L’Avalanche, 1996, 36 tubes de néon bleus, fils de haute tension blancs, 400 x 400 cm, Collection de l’artiste pour la présente version, Une première version de cette œuvre est conservée au Neues Museum de Nuremberg © François Morellet © Adagp, Paris 2011

L’humour néon de François Morellet au Centre Pompidou

Informations Pratiques


L’humour néon de François Morellet au Centre Pompidou

A partir du 2 mars 2011 jusqu'au 4 juillet 2011

Lieu: Centre Pompidou, Place Georges Popidou, 6e étage, Paris 4e, m° Rambuteau ou Hôtel de Ville, Tarif plein 12€ ou 10€ selon période / tarif réduit 9€ ou 8 € selon période

Horaire:
Tlj de 11h à 21h, sauf le mardi
Nocturne le jeudi, jusqu'à 23h

Contact: 01 44 78 14 63

Liens: Site du Centre Pompidou