Le Festival Normandie Impressionniste promeut l’art du Portrait

29 avril 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Avec 450 manifestations prévues du 16 avril au 26 septembre 2016, le Festival Normandie Impressionniste vient d’ouvrir une 3e édition d’une richesse infinie qui attend près de 2 millions de visiteurs. Sous la direction de Jérôme Clément et Erik Orsenna, le foisonnement normand de l’année 2016 se fait sous les auspices du « Portrait », ce qu’on retrouve sur les très belles affiches qui fleurissent aussi bien en pays Normand qu’à Paris. L’occasion de revisiter en peinture aussi bien qu’en réalité augmentée le visage de l’humain. Nous avons pu visiter quatre lieux phares du Festival pour redécouvrir Orlan au FRAC Normandie Caen, la retrouver dans une interrogation sur la photographie au logis abbatial de Jumièges, entrer dans les portraits de foules du photographe Yves Klein à l’abbatiale de saint Ouen à Rouen et découvrir les nouveaux académismes du portraits d’une jeune-garde en phase avec les questions de son époque à l’Artothèque de Caen. Live-Report!

La modernité d’Orlan au Frac Normandie Caen
Performeuse hors pair, Orlan n’a pas pris une ride à force de convier la planète à ses opération chirurgicales de protestation féministe contre les critères objectifs de la beauté. Alors que l’Eglise Saint-Sauveur de Caen prévoit aussi une exposition solo à partir du 25 juin 2016, jusqu’au 20 août, le FRAC Normandie Caen donne une large vue de son travail. Intitulée « ORLAN Today », l’évènement commence dès la façade et donne à voir avant-tout l’oeuvre récente. Et à la pointe! Dès le corps du bâtiment le travail de « self-hybridation » de l’artiste permet de voir son avantar caracoler en 3D devant des portraits d’elle en mandarin transcendantal (via l’application augment). Alors que dans la pénombre bien agencée du bâtiment, l’on réalise que la pionnière des plasticiens à interroger le transhumanisme poursuit son histoire d’amour et de mise en cause avec la technologie, depecée en statue de la liberté 3D dans La liberté en écorchée (2013) ou le cerveau tout transparent et mouvant dans les IRM et scans de « Scan Strip-Tease de Bump Load » (2013), on la voit inépuisable, continuer à mesurer les espaces muséaux avec son corps et habillée de son trousseau. Rien n’a changé depuis 1979, Orlan a juste ajouté des genouillères à sa tenue des « MesuRages » (1979-2012). La rage, on la retrouve à l’étage du FRAC, avec quelques pièces célèbres et historiques dont deux vidéos très mises en scène et positivement insoutenables que l’artiste se faisant charcuter en direct avec retransmission dans le monde entier, un anesthésie locale, du texte lu et des chirurgiens habillés par de grands couturier, au début des années 1990. Quelques photographies de ces performances et objets « pièces à convictions » ont été ajoutés, pour parfaire un tableau où les fruits sortent toujours du cadre.
Du 23 avril au 20 août 2016, entrée libre, tljs 14h-18h, Frac Normandie Caen, 9 rue de Vaubenard, 14000 Caen.

Jumièges et l’art de la photographie
On retrouve le travail d’Orlan en réalité augmentée à la mythique Abbaye de Jumièges au cœur de la grande exposition organisée par Dominique Goutard et Jean-Luc Monterosso de la Maison Européenne de la Photographie (qui a prêtée des oeuvres). Intitulée En/Quête d’Identité et dédiée à la photographe Leila Alaoui, morte à 34 ans lors des attentats de Ouagadougou et qui y expose ses somptueux « marocains », la proposition passe donc par la photo (Cindy Sherman, Valerie Belin, Olivia Gay…) et la vidéo (Niklas Golbach, Levi Van Veluw, Johanna Reich…) pour parler portrait. Trois grandes découvertes de jeunes talents ressortent de cette magnifique exposition : le travail sur le cri animal en photo et performance de Moussa Sarr, le travail (en affiche) post-orientaliste sur l’art du portrait aux siècles de la colonisation par Omar Victor Diop qui se figure en autoportrait de héros d’antan africains et le focus sur les faces officieuses et officielles de l’adolescence qu’opère Stéphane Guizard (et ça nous repose de la proposition de Larry Clark). Si le l’art environnemental qui peuple les jardins de l’abbaye a du mal à faire le portrait d’autre chose que de notre rapport à la nature (« Jumièges à ciel ouvert ») et tranche donc avec le vif du sujet, si vous allez voire la ruine la plus fameuse et 17e de Normandie, ne manquez pas de méditer sérieusement dans les jardins! On vous recommande notamment sur le sanctuaire de Nils Udo, sur les bancs d’arbres installés avec grâce par Christophe Gonnet et devant les fils qui tissent des « heures canoniales » toutes en verticalité dans l’oeuvre de Jacques Leclercs-K.
Du 12 mars au 12 juin 2016, 10h-18h, « En quête d’identité »,Abbaye de Jumièges, 24 Rue Guillaume le Conquérant, 76480 Jumièges, 6.50 euros.

Portraits de citoyens urbains par William Klein
Avec le graphisme si reconnaissable de ses lettres et sa peinture abstraite expressionniste sur ses négatifs, le photographe William Klein (né en 1928) est à l’honneur pour ses fameux portraits de foules – petits peuples ou mannequins- dans le cadre majestueux de l’abbatiale de Saint-Ouen. A la fois américain et parisien, c’est de retour à New-York mais publié à Paris que William Klein perce avec ses série des New-Yorkais. Le long des couloirs de l’abbatiale, on balaie avec lui la grosse pomme mais aussi Rome, Moscou, Tokyo et un Paris éternellement en manifestation dans la rue. On finit sur les photos de mode où les corps victorieux des top models investissent l’espace urbain avec une grâce et une superbe qui fait désormais partie de notre grammaire marketing intime. Des portraits magnifiques réunis parle Pôle Image Haute Normandie et une rétrospective bluffante au fond d’un temple saint.
Figure(s) du siècle par William Klein, mar-dim, 10h-12h et 14h-18h, Abbatiale de Saint-Ouen, Place du général de Gaulle 76000 Rouen, entrée libre.

Nouveaux académismes du portrait à l’Artothèque de Caen
Institution récemment emménagée dans le Palais Ducal de Caen, l’artothèque est un lieu de prêt d’oeuvres d’art. Plusieurs fois par an, des artistes y élisent résidence pour avancer au yeux du public sur un ou plusieurs projets. Il y a vraiment quelque chose des impressionnistes dans la lumière où Thomas Lévy-Lasne travaille, ce jeudi de fin d’avril où nous entrons dans les lieux. Ce peintre et dessinateur figuratif présente d’ailleurs deux pièces au sein de l’exposition Seuls/ensemble, consacrée au portrait contemporain. Aux côtés du portraits démultiplié de Florent Lamoureux en bleu de travail (Le sens de la vie : Les ouvriers), l’on retrouve le couple 2.0 de Lévy-lasne et le jeune premier énervé de Jumièges, Moussa Sarr, dans un de ses cris. Alors qu’à l’accueil, un portrait d’ »Impératrice » par Gaël Davrinche ou dans les couloirs, les portraits au fusain de Léo Dorfner ne peuvent pas ne pas faire penser à la nouvelle objectivité de Dix et Grosz, à l’étage de l’artothèque, le projet le plus émouvant est celui d’Axelle Rioult et Ettore Labate. Il s’agit d’une installation conceptuelle, où l’on est invité à s’asseoir devant un livre qui décrit des photos/ portraits de migrants qui ont été pris en photo mais dont les photos ne sont pas diffusables dans l’espace public. Intitulée Hors Voir, cette pièce interroge sur l’indifférence. Une belle exposition où les propositions originales l’emportent peu à peu sur un académisme néo-réaliste un peu surprenant en début de parcours.

En rentrant d’avoir vu tant de portraits contemporains laissant de fortes impressions, nous arrivons gare Saint-lazare, croisant enfin le fameux « train des impressionnistes » qui arrive à Giverny. Devant les 446 autres événements annoncés, nous sommes surs d’une chose : avant le 26 septembre, nous retournerons nous laisser impressionner par des portraits normands.

Seuls/ensemble, du 15 avril au 24 septembre 2016, Artothèque de Caen, du mardi au samedi de 14h à 18h30, Palais Ducal Impasse Duc Rollon, 14000 Caen. Entrée libre.

visuels : YH


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