Jacques Villeglé au Centre Pompidou

22 septembre 2008 Par marie | 3 commentaires

Jusqu’au 5 janvier, « La comédie urbaine » se joue au Centre Pompidou. Des affiches, tapisseries de nos villes, Jacques Villeglé fait les bavardes témoins des années passées.

Comme c’est souvent l’usage à Pompidou, il faut, pour accéder à l’exposition, monter jusqu’au 6e étage du bâtiment. De la baie vitrée, nous apparaît une maquette en noir qui en blanc, aurait été agrémentée de quelques tâches dorées, vertes ou bleues selon les toits, les bâtiments. Elle reste figée cependant. Puis, toujours plantés sur les hauteurs, on passe, par un procédé quelque peu surréaliste, d’une ville bien sage à une cité vivante, sensuelle, éclatante de couleurs : La Motte Picquet est jaune, Le Boulevard Haussman bleu, La Porte Maillot rouge…

Porte Maillot

Paris est devenu riche des cinquantes années passées : stars, hommes politiques, tags, publicités ; les couches apparentes des affiches lacérées sont les anneaux sur lesquels on calcule l’âge de la cité. De Gaulle, Mai 68, les Rolling Stones, Evian ou Mitterand… tout est déchiré, mélangé, présenté sur le même plan, comme si, en bon rouleau compresseur, l’Histoire avait tout relativisé, rendant les évènements à leur caractère éphémère.

Villeglé

L’artiste n’est pas épargné par ce tourbillon : comment pourrait-il, face à un tel aplanissement, se présenter comme un génie surnageant au dessus de son époque ? Comme l’Hourloupe, petit bonhomme voyageur de Jean Dubuffet, il ne lui reste plus que la possibilité de se fondre dans la foule, devenir anonyme et collectionner ce que produit cette dernière : « Je ramassais le travail des autres » explique Jacques Villeglé. « C’est l’anonyme de la rue qui intervient sur les reflets de la culture dominante… [En aspergeant les affiches de barbouillis de peinture en bâtiment, puis de tags] Je passe après », ajoutait-t-il.

Il a beau dire, à force de récupérer et d’entasser les affiches « Le Lacéré anonyme » crée un mythe de la ville, Un mythe dans la ville (son film présenté dans l’exposition) ; à force d’être confronté aux messages de nos murs, aux slogans des campagnes publicitaires, politiques, révolutionnaires…, il fait d’une myriade de graffitis un nouvel abécédaire dans lequel «Le A s’encercle anarchiquement, le C croissant étoilé s’affronte au D qui s’arrondit et se barre horizontalement, la croix dans le cercle du celtisme (…), le E devient les trois flèches barreuses de Tchakhotine »… Tchakhotine, l’auteur du Viol des foules par la propagande politique, qui avait, en Allemagne, tenté de convaincre les anti-nazis de répondre à chacun des signes offensifs de l’hitlérisme : à la croix gammée devait s’opposer les trois flèches du socialisme. Cette contre-propagande n’avait finalement pas été adoptée, seul –ou presque- Villeglé, a récupéré l’idée : l’alphabet socio-politique était né. Sous les verres de Pompidou, il recouvre Le Petit Livre Rouge et Le déshonneur des poètes de Benjamin Peret.

alphabet socio-politique, Villeglé

Commencé sur les côtes bretonnes, là où le jeune homme ramassait ses premiers objets, l’exposition se termine en Aquitaine, dans les années 1990 : la politique d’affichage était devenue trop restrictive à Paris. Histoire de nos villes, les affiches sont aussi celles de la décentralisation…. Le Centre Pompidou aurait du être Montparnasse, on y verrait plus loin…

« Jacques Villeglé, La comédie urbaine », Centre Pompidou, jusqu’au 5 janvier 2008, Métro Hotel de Ville, Rambuteau, tt les jours sauf le mardi de 11h à 21h, 10 à 12 euros selon période, 01 44 78 14 63

Villeglé, Pompidou


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