Sublimons la nature avec l’artiste américaine Jan Dilenschneider

6 juillet 2018 Par
Magali Sautreuil
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L’artiste américaine Jan Dilenschneider est de retour en France pour sa quatrième exposition à la galerie Pierre-Alain Challier : « Sublimer la nature ». Du 5 au 28 juillet 2018, vous pourrez admirer de magnifiques paysages, qui vous feront prendre conscience de la beauté et de la fragilité de la nature. Rencontre.

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Toute la Culture : « Quand et comment avez-vous commencé à peindre ? »

Jan Dilenschneider : « Ma mère était une artiste et a été une des plus personnes qui m’a le plus influencée. Comme elle, j’utilise essentiellement de la peinture de l’huile, qui est mon médium préféré. Je dessine moi-même depuis l’enfance. J’ai suivi une formation à l’académie nationale du design de New-York et suis très proche du « Silvermine School of Art », une très ancienne communauté artistique de l’époque des colonies. Beaucoup d’impressionnistes américains vivaient dans les alentours, sur les côtes du Connecticut. Il y a donc une importante tradition de la peinture dans ce secteur. En 2013, j’ai décidé de se consacrer entièrement à la peinture. Lorsque j’ai vendu ma première toile à un couple d’amis, j’ai eu l’impression que l’on prenait mes bébés. J’étais horrifiée! Je sais que c’est le business et j’ai envie de partager mes œuvres, mais je continue à éprouver cette étrange sensation. »

Toute la Culture : « Dans vos tableaux, la nature est omniprésente. Que représente-t-elle pour vous? Quelle est la nature de votre relation ? »

Jan Dilenschneider : « Je pense que l’attachement que j’ai envers la nature vient du fait que je vis du côté de la baie de Long Island Sound, dans l’État du Connecticut, près de l’Océan. Chaque jour, je peux admirer de splendides cieux, de vastes plaines d’herbes vertes, de gigantesques plans d’eau…, qui sont autant de sources d’inspiration pour moi. C’est probablement pourquoi j’adore peindre des paysages. »

Toute la Culture : « Vous arrive-t-il de peindre autre chose que des paysages ? »

Jan Dilenschneider : « Je réside essentiellement dans le Connecticut, donc j’ai de nombreuses vues de ses paysages. Mais j’ai aussi des vues de New-York et de presque tous les endroits par lesquels je suis passée. Mais je ne peins pas que des paysages. Mes tableaux étant un condensé de toutes les choses que j’ai vues, je n’indique volontairement pas les lieux dont ils s’inspirent. Je laisse le public le soin de l’imaginer. C’est d’ailleurs pourquoi je dis que mes œuvres sont en quatre dimensions, puisqu’ils appellent le visiteur à participer, à donner son point de vue, à questionner la toile… Je travaille également l’abstraction, les scènes de genre… mais il est vrai que la majorité de mes œuvres sont des paysages, paysages qui deviennent, avec le temps, de plus en plus abstraits. De même, mes peintures abstraites ressemblent de plus en plus à des paysages. Les deux genres finissent donc par se rejoindre. Quand je commence une toile, elle est toujours abstraite. J’utilise parfois une raclette et la fais danser sur la toile pour créer des angles, des formes, après avoir badigeonné ma toile de peinture à huile. Puis, je gratte certaines parties pour révéler les couleurs sous-jacentes. J’affine l’ensemble en y intégrant des éléments que l’on peut identifier comme des arbres, de l’herbe, des roseaux… Dans la même optique, un de mes projets serait de combiner une scène de genre et un paysage. Ma peinture n’est pas figée : elle est en constante évolution. J’aime expérimenter de nouvelles choses comme Picasso qui a eu différentes périodes. »

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Serie Homage to leaves, Intertwining leaves

Toute la Culture : « Comment vous vient l’inspiration ? »

Jan Dilenschneider : « L’inspiration est une chose intéressante. La plupart des artistes emmagasine énormément d’informations : des couleurs, des formes… J’utilise mon téléphone portable pour immortaliser les choses qui m’inspirent. C’est le point de départ de ma peinture. Mais une fois que celle-ci est commencée, j’abandonne la photo pour me concentrer uniquement sur ma toile et voir comment les couleurs réagissent les unes par rapport aux autres, mêmes si ce ne sont pas celles qui étaient sur la photo. Parfois, la main peint sans le contrôle du cerveau, ce qui peut donner des compositions magnifiques ou horribles. »

Toute la Culture : « Peignez-vous parfois en plein air ? »

Jan Dilenschneider : « On ne peut pas peindre en plein air toute l’année dans le Connecticut. Par ailleurs, il y a de nombreuses contraintes à peindre en plein air comme la lumière qui change au fil de la journée, la difficulté de peindre de grands formats… Mais, comme j’ai aménagé mon atelier dans ma maison, je peux peindre en plein air en bénéficiant de tout le confort de mon studio. »

Toute la Culture : « Comment concevez-vous la peinture et vos tableaux ? »

Jan Dilenschneider : « Je considère la peinture comme une méditation. Quand je peins, je ne pense plus à rien d’autre. Je veux exprimer des choses à travers ma peinture. Je me considère comme une expressionniste moderne, bien que certaines personnes m’aient qualifiées de nouvelle impressionniste. J’aime la palette des impressionnistes. Je veux des couleurs qui chantent, qui expriment la joie, des émotions. Je suis très inspirée par les couleurs de la nature. Mon côté expressionniste réside dans le geste. Le geste, pour moi, est fondamental : c’est la passion, l’énergie. Les lignes doivent être expressives. Je peins souvent mes tableaux par paire et les travaille ensemble à la fois comme un tout et deux œuvres à part entière, afin qu’ils puissent être dissociés. Ils peuvent ainsi être mis dans des pièces différentes ou des logements différents, en cas de déménagement ou de séparation. »

Toute la Culture : « Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers votre art ? »

Jan Dilenschneider : « Le plus important n’est pas d’accuser les gens, mais de créer un dialogue, de les amener à réfléchir sur ce qu’ils font pour qu’ils prennent conscience des conséquences directes de leurs actes, comme par exemple, ne pas déverser de produits chimiques dans l’eau pour protéger tout l’écosystème qui en découle… Il y a de moins en moins d’espèces d’insectes et personne ne s’en soucie. Mais qui mange les insectes ? Les oiseaux. Donc moins d’insectes signifie que les oiseaux sont eux-aussi menacés. Pourtant, les gens se soucient davantage du nucléaire que de ce genre de choses qui a un impact direct et visible sur leur environnement. Je m’intéresse à cette nature si fragile que l’on est en train de détruire. »

Toute la Culture : « Avez-vous un engagement associatif qui vous tient à cœur ? »

Jan Dilenschneider : « Grâce à mon mari, j’ai pu fonder la Janet Hennesey Dilenschneider Scholar Rescue Award. C’est une des seules fondations destinées à venir en aide aux artistes en danger dans le monde. En 2015, la fondation a soutenu une artiste syrienne, dont l’art témoignait des récentes destructions du patrimoine par Daech en Syrie. Je pense que les artistes doivent aller au-delà de leur art, avoir un engagement. Je pense que mon objectif est de montrer combien le monde est beau et fragile et qu’il faut donc le protéger. L’art permet aussi de témoigner d’une culture. »

Retrouvez les œuvres de Jan Dilenschneider à l’exposition Sublimer la nature, qui est lui est consacrée à la galerie Pierre-Alain Challier, 8 rue Debelleyme, 75003 Paris, du 5 au 28 juillet 2018, du mardi au samedi, de 11 heures à 19 heures.

Visuel ©Service de presse