« Passerelle » : les photos de Jean-Claude N’Doumbé et Frédéric Bien interrogent la trace et le mouvement

9 juin 2017 Par
Yaël Hirsch
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Du 8 au 10, en collaboration avec la galerie My Web’Art et pendant le Parcours Saint-Germain, le 14, rue des Saint-Pères accueille sur deux étages intimistes le travail de deux photographes Jean-Claude N’Doumbé et Frédéric Bien. L’exposition « Passerelle », interroge le passé et le passage pour saisir l’humanité du temps qui passe.

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A l’étage, le travail de Jean-Claude N’Doumbé multiplie les couleurs, les ombres et les couches pour un art de la photographie qui se rapproche d’un travail de peintre. Les deux séries « La couleur de l’autre » et les « âmes vagabondes » font le portrait de passants saisis dans leur mouvement par leur silhouette. L’attitude de « quelqu’un qui passe sur le vif » révèle autant et parfois plus qu’un visage. A côté des fresques pleines d’émotion (« vague à l’âme », joyeuse tristesse ») immortalisent des camaïeux de couleurs qui semblent se superposer en couches sur des murs. « je travaille sur l’empreinte et ce qu’elle révèle de l’obsolescence, qui est le temps qui passe, le signe que quelque chose ne sert plus qu’on a trouvé « mieux », mais qui dégage aussi beaucoup d’énergie et de couleur », explique le photographe. Cette obsolescence n’est pas forcément triste :  la plus récente des séries (« La Passante », « Les larmes d’Amélie », « Pas de couleurs ») mêle également l’idée de trace et de passage humain, mais dans une explosion de couleurs. Explosion qu’on retrouve sur un mode plus scientifique ou radiographique dans les clichés plus abstraits de Jean-Claude N’Doumbé exposés au sous-sols qui se mettent à exprimer avec poésie ce qu’il voit dans un réel saisi à l’objectif (« La danseuse à la sarbacane », le baiser suspendu », 2015).

Dans la grande salle du sous-sol, le travail argentique et en noir et blanc de Frédéric Bien contraste avec les couleurs mystiques de Jean-Claude N’Doumbé. Sorte de « cycle » qui suit les voyages et les déplacements du photographe sa série de photos prises aussi bien à Cuba, Tokyo, Paris que Auschwitz, se vit comme un tourbillons de scènes saisies à la fois dans et hors contexte : les pieds de la « Geisha and Zebra » sont saisis presque par en-dessous sur un passage clouté, les bouleaux du camp d’extermination pris de près font penser à une toile de Anselm Kiefer, un hipster saisi à Paris semble aussi délicieusement suranné qu’un enfant de Doisneau et saisie depuis la fenêtre d’un vaporetto qui se met à ressembler à un train d’Europe Centrale, la lagune vénitienne devient le « bord des limbes ». Un univers magnétique, fascinant, arrangé de telle manière qu’on est happé dans le cycle qu’on a envie de parcourir et reparcourir d’un regard à l’autre, d’un monument à un horizon.

Jean-Claude N’Doumbé et Frédéric Bien, Passerelle, du 8 au 10 juin 2017, 14 rue des Saint-Pères, Paris 6e, m° Sèvres Babylone ou St Germain des Près, entrer tout au fond de la cour à gauche. page facebook de l’événement.


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