[INTERVIEW]: Samuel Cueto : « Il m’a été plus facile de photographier les gens de la rue en Thaïlande que d’entrer dans les agences de mode »

31 mars 2016 Par Christophe Dard | 0 commentaires

Jusqu’au 2 avril 2016, la galerie Argentic à Paris propose une nouvelle exposition de photographies humanistes. Elles sont réalisées par Samuel Cueto dans les ghettos des grandes villes thaïlandaises. Loin des clichés des cartes postales, ces tirages présentent des êtres en marge de la société mais dont les regards vifs et pénétrants dégagent une humanité plus intense que certaines personnes qui se disent et se croient civilisées.
Toute la Culture a interviewé Samuel Cueto. Il revient sur ses premiers pas dans la photographie et sur cette série de clichés d’où émerge une sagesse naturelle dans un milieu pourtant hostile, pétri de débrouille, de survie et de violence.

 

 

C’est un photographe charismatique, spontané et terriblement avenant… Ces qualités ont permis à Samuel Cueto d’aller à la rencontre d’hommes et de femmes installés à la périphérie de la société, plus précisément dans des ghettos de Thaïlande, à Bangkok, Phuket et Pattaya, des endroits où les touristes ne vont jamais.
Abandonnées à leur sort, ces personnes sont en prise directe avec un environnement difficile, la mafia, la prostitution mais aussi la croyance bouddhiste.
Mais par sa sincérité si attachante- un véritable luxe à cette époque- Samuel Cueto a gagné leur confiance, devenant le porte-parole d’un monde qui n’a jamais le droit à la parole mais qui a le droit au regard par lequel transite toute l’humanité.
Samuel Cueto a accordé un entretien pour Toute la Culture. Il nous parle de sa passion pour la photographie, de ses débuts dans cet art et de la série City of Smile, présentée à la galerie Argentic.

 

 

Quand avez-vous décidé de vous initier à la photographie ?
Samuel Cueto :
J’ai d’abord travaillé de nombreuses années dans la musique puis j’ai décidé d’arrêter et je me suis lancé dans la photographie. Je m’y suis mis à fond. J’ai acheté un appareil photo et moins de 3 mois après j’ai proposé à un combattant de l’UFC (l’Ultimate Fighting Championship, une organisation d’arts martiaux) de réaliser une série de portraits. Il était très intéressé. C’est ainsi que je l’ai photographié en bas du ring alors qu’il livrait un combat en France. J’ai trouvé cela vraiment cool et beaucoup de personnes ont apprécié, notamment sur Facebook.
J’ai continué à faire des photos lors de combats puis des magazines spécialisés dans les arts martiaux ont publié mes clichés. A la même période j’ai travaillé sur des portraits d’une jeune femme en argentique. Mais au bout d’un certain temps je me suis rendu compte que même si je prenais du plaisir en rendant service cela ne me rapportait rien. C’est à partir de là que j’ai décidé de me tourner définitivement vers le portrait. J’étais alors passionné par les photographes qui saisissent des « gueules cassées », des gens de la rue, à l’instar d’Estevan Auriol avec qui j’ai parlé sur Internet.
A force de faire des photographies de certains de mes contacts sur Facebook j’ai eu le sentiment de construire une sorte de petit magazine bien que pour moi cela n’était que de l’entraînement, le temps de comprendre le fonctionnement des appareils. A ce moment-là j’ai commencé à être séduit par le photoreportage sous forme de portrait.

 

 

C’est là qu’intervient le voyage en Thaïlande…
Samuel Cueto :
Sur Facebook un ami m’avait proposé d’aller dans ce pays car il aimait ce que je faisais et il connaissait des personnes à Bangkok. J’ai accepté. Ce furent les premières vacances de ma vie. Je suis resté 3/4 jours dans la capitale thaïlandaise.
J’ai eu le contact facile. Cela est dans ma nature. Il est vrai aussi que comme j’ai été livré à moi-même depuis l’adolescence je me suis senti proche de ces hommes. Même si l’on ne partage pas le même mode de vie, j’avais l’impression d’être leur petit frère. Pour moi ce ne sont pas des gangs mais des marginaux qui n’ont qu’un objectif car ils n’ont pas le choix, faire de l’argent.
De fait, cela n’était pas facile de les photographier. Par exemple, si je proposais un rendez-vous à 14 heures à un mec, il m’oubliait si à cette heure précise il devait faire de l’argent. De même si une fille avait des clients je ne pouvais pas la photographier.
J’ai réussi quand même à obtenir trois séances de une à deux heures. Je n’ai donné d’argent à personne.
J’ai adoré la Thaïlande et j’ai donc décidé de repartir, beaucoup plus longtemps. Je suis parti à Phuket puis j’ai effectué un troisième et dernier voyage, à Pattaya.
Je suis resté en contact avec la plupart des personnes que j’ai rencontré sur place.

 



Comment en êtes-vous arrivé à exposer à la galerie Argentic ?
Samuel Cueto :
Après le dernier voyage en Thaïlande je ne voulais plus faire de photos car j’ai senti que mon travail n’intéressait pas les galeristes. J’ai même pensé arrêter et me tourner vers la photographie artistique. Puis Eric Boudry m’a contacté. Nous avons parlé de l’exposition. J’ai accepté et j’ai bien fait car j’ai de très bons retours sur la trentaine de tirages sélectionnés.
La question qui revient le plus souvent est de savoir si je n’ai pas eu trop de mal à entrer en contact avec ces hommes et ces femmes pour les photographier. Comme je dis toujours, j’ai eu plus de mal à entrer dans les agences de mode, qui ne m’ont jamais accepté jusqu’à présent, que d’aller en Thaïlande à la rencontre des gens de la rue.
Mais lorsque je vois cette exposition, j’ai un seul regret, celui de ne pas avoir pris davantage de portraits de femmes car en fait ce sont elles les vrais voyous. Grâce à leur argent elles construisent des maisons dans leurs villages, à leurs parents. Même si cela passe par le sexe, elles en sont fières car elles aident leurs familles. Pour moi, les mecs sont les voyous et les femmes les petites voyelles.

 

 

Quels sont vos projets ?
Samuel Cueto :
Cette exposition me motive pour reprendre mon appareil. Je sais que si je repars en Thaïlande je ferai beaucoup de photos en peu de temps.
J’aimerais bien partir au Brésil, à Cuba, au Mexique… toujours dans l’idée d’immortaliser les gens de la rue. J’adorerais aller dans quatre à cinq pays, réaliser une série de clichés et les réunir dans une grande exposition.
Je souhaiterais aussi prendre des nues en photo comme ceux réalisés dans les années 1980/90 où l’on voyait des mannequins, de la drogue, de l’alcool, des collants déchirés, des tirages à la fois provocants et élégants. Je veux que mes photos racontent une histoire. Tant que je m’amuse et que ce je fais plaît tant mieux !

Propos recueillis par Christophe Dard.

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
City of smile
Samuel Cueto
Jusqu’au 2 avril 2016
Galerie Argentic
43 rue Daubenton 75005 Paris
Ouverte du mardi au samedi de 15h à 19h
www.argentic.fr


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