[INTERVIEW] Claire Corcia: “Sylvia Katuszewski, Muriel Patarroni et Emilie Chaix perçoivent le réel avec leur regard de femme”

24 février 2016 Par Christophe Dard | 0 commentaires

Jusqu’au 27 février 2016, la galerie Claire Corcia présente les oeuvres de trois femmes, Sylvia Katuszewski, Muriel Patarroni et Emilie Chaix, trois artistes de générations différentes mais unies dans un même projet, celui d’aborder la condition féminine et humaine dans un monde où la nature et les injustices ont souvent le dernier mot.
Claire Corcia explique pour Toute la Culture le choix d’exposer ces trois artistes et leur travail.

 

Sylvia Katuszewski, Femme Paysage

Sylvia Katuszewski, Femme Paysage

 

Jusqu’au 27 février 2016, les femmes prennent le pouvoir à la galerie Claire Corcia! Trois artistes, Sylvia Katuszewski, Muriel Patarroni et Emilie Chaix exposent leurs œuvres dans lesquelles s’ouvrent les portes d’une réflexion sur la place des femmes dans notre société, chacune ayant sa propre vision, illustrée par des supports et des représentations qui adoucissent un regard implacable sur la condition féminine.

Dans ses sculptures en faïence émaillée et ses pastels, Sylvia Katuszewski voit la femme comme un être en souffrance et en péril mais qui reste fière et ne plie pas. Dés lors, la femme, à la fois enfant et mère, est une sorte d’être religieux, confrontée aux épreuves de la vie dont elle porte la trace physiquement (l’art du feu permet de révéler ces meurtrissures), tout en gardant son incomparable majesté. Icône ancrée dans la terre et prise au piège, la femme parvient néanmoins à s’élever avec en arrière-plan une stèle ou des couleurs vives qui lui servent de marchepied vers la liberté.

 

Emilie Chaix, A trop parler du loup

Emilie Chaix, A trop parler du loup

 

Muriel Patarroni, autre artiste présentée dans l’exposition de la galerie Claire Corcia, utilise le fusain et de cette joute entre le noir, le gris et le blanc naissent des paysages mystérieux et romantiques. On se voit en train de marcher dans les plaines enneigées aux arbres frêles et aux lacs gelés. Mais ses paysages révèlent, tel un pied de nez au milieu de ce silence hivernal et inquiétant, des éléments contemporains, une usine, une autoroute, un monospace garé au bout d’un chemin et des poteaux électriques… Est-ce cela ce regard féminin qui confère à chaque trouble sa part de sérénité?

Enfin, les sculptures et les dessins d’Emilie Chaix esquissent des formes élégantes et fragiles pareilles aux mannequins de haute couture, un secteur où Emilie Chaix a travaillé de nombreuses années. Leur stature altière et lyrique s’accompagne de failles et de blessures mais aussi de portraits de femmes, des inconnues aux regards mélancoliques et hagards.

Toute la Culture a rencontré Claire Corcia. Elle nous parle de ces trois artistes.

 

Muriel Patarroni, Frozen Island

Muriel Patarroni, Frozen Island

 

Pourquoi avoir choisi d’exposer ces trois artistes dans une même exposition?
Claire Corcia: Ce sont des alliances qui se font par intuition et qui se révèlent justes. J’avais envie d’aller vers un peu plus d’abstraction et j’avais envie de me tourner vers le paysage. J’avais donc vu le travail de Muriel Patarroni. A deux semaines de l’exposition, j’appelle Sylvia Katuszewski (que j’avais exposé en octobre, à la foire Outsider Art Fair à Paris) et je lui parle du titre de l’exposition tout en lui précisant qu’une paysagiste allait être présentée à ses côtés. Elle éclate alors de rire et me dit qu’elle avait trouvé un titre pour l’exposition, “Votre âme est un paysage choisi”. Je ne savais absolument pas que Sylvia se dirigeait vers le paysage.

J’ai découvert Emilie Chaix grâce à Muriel Patarroni. D’abord sculptrice, Emilie Chaix s’est mise au dessin récemment. J’ai vu ses travaux chez Ghislaine Verdier et j’ai aimé son approche à la fois technique et sensible du dessin.

Le point commun de ces trois artistes est une exploration de la féminité mais également une perception du réel. Je veux donner une tribune sur la manière dont les femmes interprètent le vivant.

 

Sylvia Katuszewski, Tenez, il neige

Sylvia Katuszewski, Tenez, il neige

 

Sylvia Katuszewski donne dans ses oeuvres une image de la femme souffrance, mater dolorosa… 
Claire Corcia: Pour elle, la féminité s’incarne dans un certain nombre d’épreuves dans la vie telles que la maternité, par la perte d’êtres chers, l’oubli, le pardon… Ses personnages sont des figures marquantes. Ce ne sont pas des êtres doux. Ce sont des êtres qui rayonnent d’une douleur intérieure ou d’une inspiration qui les dépasse et les rend dignes d’occuper la totalité de l’espace. Mais le message, brutal, est atténué par les couleurs poudrées du pastel et l’émail de la sculpture.

Muriel Patarroni réalise des paysages au fusain sur toile. Comment définir ses productions?
Claire Corcia: Pour cette artiste le dessin est un prétexte. Le message est le vide ou l’étonnement que l’on peut ressentir dans la nature soit parce que l’on s’y sent bien soit parce que l’on s’y sent étranger et que l’on n’y trouve plus notre place. D’autre part le cadrage est très intéressant. Il y règne une ambiance cinématographique. L’homme n’apparaît jamais et pourtant il est très présent. La trace de son passage est toujours représentée dans l’oeuvre.

 

Muriel Patarroni, Steps

Muriel Patarroni, Steps

 

Dans ses créations, Emilie Chaix semble critiquer la faible considération pour les femmes dans la société tout en célébrant la beauté de la vie. Comment expliquer ce paradoxe?
Claire Corcia: Emilie Chaix utilise ses propres armes, la technique de la couture, la dentelle, les perles. Le but est de montrer la finesse et la beauté de la vie mais elle nous attire également vers l’organique, les liquides, l’essence même de notre création, ce que nous sommes, notre animalité, une sorte de quête des origines ou du moins un rappel de nos origines. La beauté de l’animal, dans ses formes fabuleuses ou monstrueuses, évoquent également la femme, sa condition. Une de ses sculptures, au centre de la salle d’exposition, est baptisée la Promise. Un joug porte un corps vertical en dentelles et avec des photos de femmes incrustées. Cette pièce montre la condition féminine à travers « la promise », la femme qui va subir une sorte de sacrifice.

 

Emilie Chaix, Danse macabre

Emilie Chaix, Danse macabre

 

Les femmes artistes sont-elles différentes des hommes artistes ?
Claire Corcia: Dans l’art tout est une question de sensibilité et des moyens que l’on utilise pour arriver à porter un message. Le choix de couleurs, de matières résolument féminine est un pari risqué puisque l’inconscient collectif est modelé par un regard essentiellement masculin. Pour une artiste ce choix est extrêmement audacieux. Ce n’est pas facile d’affirmer une féminité et de l’imposer, ou du moins la proposer, à une société qui n’est peut-être pas prête à recevoir ce type de message et de cette manière, ouvertement féminine.

Parlons de la prochaine exposition, Marcel Katuchevski, à partir du 10 mars prochain…
Claire Corcia: Marcel Katuchevski se consacre pleinement au dessin depuis dix ans. Artiste complexe, il présente une tentation expressionniste, architecturale et contenue. Ses œuvres témoignent d’une tension liée à l’histoire. Marcel Katuchevski fait appel à des événements qui ont eu lieu mais qui nous dépassent. C’est une oeuvre coup de poing, ardente, nue, sans compromis mais tout en raffinement et en retenue.

Propos recueillis par Christophe Dard.

 

INFORMATIONS PRATIQUES :
Sylvia Katuszewski, Muriel Patarroni et Emilie Chaix
Jusqu’au 27 février 2016
Galerie Claire Corcia
323 rue Saint-Martin 75003 Paris
Du lundi au vendredi de 11h30 à 19h et le samedi de 14h à 19h
09 52 06 65 88
galerieclairecorcia.com


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