Un nouvel écrin pour les sculptures de Camille Claudel

28 mars 2017 Par
Bénédicte Gattère
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C’est à Nogent-sur-Seine que nous sommes allés pour visiter le musée consacré à l’artiste Camille Claudel. Ouvert depuis ce dimanche 26 mars, il compte bien faire partie de ces établissements récemment implantés en province qui participent du renouvellement des publics.

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Aux côtés de l’ancienne maison de la famille Claudel réinvestie pour l’occasion, l’architecte Adelfo Scaranello a livré un bâtiment d’une grande sobriété. Ce dernier se caractérise par des lignes épurées et une grande clarté une fois à l’intérieur. Situé en plein cœur du centre historique de la ville, ses grandes ouvertures laissent l’architecture traditionnelle des maisons avoisinantes dialoguer avec le bâtiment moderne. L’édifice ménage des entrées de lumière naturelle, dans un souci de mise en valeur des œuvres sculptées. L’architecte, présent lors de l’ouverture, expliquait son projet, consistant à créer un « dialogue entre les espaces, comme s’il s’agissait d’ateliers d’artistes articulés ».

En réalité, l’implantation du musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine en Champagne-Ardenne n’est pas le fruit du hasard. Il s’agit en effet de la ville où la jeune artiste a rencontré Alfred Boucher (1850-1934) qui l’a initiée à la sculpture. Tout comme Paul Dubois (1829-1905), il s’agit d’un natif de la ville. Tous deux ont fait don de leur fonds d’atelier, et ces donations ont été à l’origine d’un premier musée municipal en 1902. Il est victime d’un pillage durant la Seconde Guerre mondiale. C’est donc après de nombreux aléas que le musée Dubois-Boucher réouvre en 1975. À partir de 1995, il est réaménagé et agrandi. En 2008, le musée fait l’acquisition d’une œuvre majeure de Camille Claudel : Persée et la Gorgone, (v.1897-1902). De fil en aiguille va germer l’idée de consacrer un musée à l’artiste. Alors que son inauguration était prévue pour le mois de mai 2014, il aura fallu attendre trois ans avant de pouvoir l’admirer.

Les dix premières salles du musée actuel dressent un panorama de la création sculpturale à l’époque de Camille Claudel, qu’il s’agisse de la sculpture d’édition qui a explosé durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle ou bien de la sculpture publique. Les salles suivantes réunissent un ensemble qui tend à être le plus représentatif possible du travail de la célèbre sculptrice. Le visiteur peut contempler ses portraits naturalistes, empreints d’une grande vérité comme ce portrait en bronze d’un jeune italien, Giganti (v.1885) aussi bien que ses premiers essais de groupes sculptés, parfois à l’état d’esquisses en plâtre. Viennent ensuite les salles consacrées aux œuvres les plus éminentes, où l’artiste adopte un style symboliste avec L’Âge mûr (1890-1907) et plus particulièrement La Valse (1889-1895).

En adoptant un parcours chronologique extrêmement sage, le nouveau musée Camille Claudel ne joue pas particulièrement la carte de l’innovation. Séquencé de manière contextuelle, le musée propose une vision historique de la figure de Camille Claudel. Il met certes en lumière son originalité lorsque l’on compare son style à celui de ses contemporains. Cependant il pêche par une survalorisation des productions de l’époque au détriment des créations de Claudel. De plus, les volumes imposants du bâtiment de Scaranello, s’ils se prêtent parfaitement à la mise en valeur des sculptures monumentales des contemporains masculins de Camille Claudel, écrasent en revanche ses œuvres personnelles. C’est pourquoi le choix de présentation retenu nous a semblé quelque peu contre-productif dans l’idée de mettre en valeur le travail d’une artiste femme. En prenant un pari un peu plus risqué, le musée aurait pu choisir une présentation moins chronologique et plus thématique, par exemple en mettant en regard la trajectoire de cette artiste avec celle d’autres artistes plus innovants comme elle ou d’autres femmes artistes, moins connues. Cependant, le programme des activités culturelles et pédagogiques, très riche, vient contrebalancer cet état de fait. Ainsi la compagnie de danse Joëlle Bouvier était invitée à l’auditorium du musée lors de l’inauguration. Des conférences et rencontres, sous la forme originale d’happy hours, sont également au menu. Entre autres, un concert est prévu le 22 juin prochain, mettant à l’honneur une compositrice du temps de Camille Claudel et depuis oubliée, Mel Bonis. Lorsque le musée devient le lieu de telles redécouvertes, on ne peut que s’en réjouir !

Toutes les informations pour s’y rendre sur le site du musée.

Visuel : © Ville de Nogent-sur-Seine


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