« Tant de temps ! » Un parcours de l’art contemporain en 50 artistes au Musée Soulages

22 janvier 2017 Par
Yaël Hirsch
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Avec des prêts venus notamment de nombreux FRAC de France, jusqu’au 30 avril 2017, les murs élégants imaginés par l’agence catalane RCR Arquitectes pour le Musée Soulages de Rodez passent de l’ultranoir au blanc immaculé pour permettre de parcourir les 60 dernières années de création au grès d’un fil rouge précieux : le temps. « Tant de temps! » est une exposition riche et bien construite où l’on trouve aussi bien du Villeglé, que du Richter, du Boltanski ou du Grasso.

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On commence cette plongée dans l’art contemporain par le temps par le plus évident : les désastres de la guerre. Commençant quelques années après Guernica, à la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale chez Fautrier ou Villeglé, la première section de l’exposition n’en oublie pas d’interroger comment -Guerre froide ou pas- nos références et notre civilisation sont marquées par la violence à travers les couleurs et le graphisme de Dado ou Erro. On s’interroge ensuite habilement sur la répétition et le palimpseste dans une concordance des temps qui passe par la citation : Aux côté de Masson et Alberola, Ernest Pignon Ernest et ses tags aux allures de dessin renaissance ou bien Robert Filliou réunissant Da Vinci et Duchamp dans sa « Joconde est dans les escaliers » sont d’extraordinaires moyens pédagogiques d’expliquer notamment aux publics les plus jeunes comme l’Art a une Histoire et comment il se développe dans le temps.

On passe ensuite par les mythes et les métamorphoses avant d’interroger l’obsession du classement et l’impératif de documentation par l’art et la pensée humaine : une vitrine de médicament signée Spoerri ou un autel-classeur aux « Suisses morts » de Boltanski sont autant de pièces majeures à voire en ce moment à Rodez. Le temps se fait en final plus symbolique : suspendu dans des bulles de savons ou bien poétique comme un bouquet de fleur, pour une exposition qui passe pas mal par le paysage ou la nature morte pour nous dresser un portait copieux de ce que l’art contemporain a à dire sur l’homme. Une exposition qui vaut le détour et qui s’avère tout à fait riche pour les enfants et les adolescents. De l’autre côté du musée, les gravures et grandes toiles choisies par Soulages pour le mettre à l’honneur en sa ville, prennent elles aussi leur marques dans la masse des « temps ».

visuel : affiche / Jacques Villeglé, Boulevard de la Villette, 1971, Collection FRAC Bretagne, photo : Hervé Beurel