[sic], la collection permanente du CAPC revue et recoiffée

29 novembre 2016 Par Maïlys Celeux-Lanval | 0 commentaires

 

[sic], entre deux crochets, est une abréviation latine qui interrompt la lecture pour signaler une étrangeté. [sic], entre les murs du CAPC, musée d’art contemporain de Bordeaux, est une sélection d’une centaine de travaux parmi la vaste collection contenue dans ses réserves (1309 œuvres). [sic] est donc un moment fait d’erreurs, d’absurdités et de jeux de langage ; une vision de l’art contemporain tout en dialogues impromptus entre des artistes plus ou moins sérieux. Aux commandes, José Luis Blondet, commissaire du LACMA, qui a choisi d’offrir une cohérence à chaque salle tout en mettant particulièrement en valeur quatre artistes importants dans l’histoire du CAPC : Chorah Feyzdjou, Simon Hantaï (magnifiques pièces !), Présence Panchounette et Philippe Thomas. À voir pendant trois ans, à partir du 13 octobre 2016.

CAPC de Bordeaux

Tout commence par une démesure mesurée, celle des perles accumulées sur 30 centimètres par l’Italienne Paola Pivi et celle du charbon entassé sur un mètre du Grec Jannis Kounellis. Abondances de matériau dans un espace restreint, elles font écho aux premières œuvres, toujours amusantes, de l’impertinent groupe bordelais Présence Panchounette (un petit nain de jardin en train de lire sous une lampe et une définition de Erratum). Le ton est donné : ici, l’art contemporain est moins intellectuel que formellement riche en histoires drôles, poétiques, mélancoliques.

Entre les deux crochets de [sic] se cache donc une myriade d’anecdotes et de clins d’œil, comme celui tout en délicatesse et en pattes de mouches fait par l’artiste portugaise Leonor Antunes à la vénézuélienne GEGO, toutes deux tissant avec des matériaux extrêmement fins de frêles installations de métal. Le commissaire José Luis Blondet a, nous le disions, régulièrement mis face à face des artistes dont les œuvres se répondaient, soit par influence directe, comme ici, soit par appropriationnisme relatif, comme chez Vincent Bioulès qui représente une maison à la Matisse où l’on voit des peintures de Claude Viallat, ou encore par communication poétique, comme chez Richard Serra et Yvonne Rainer : lui a filmé sa main tentant d’attraper des morceaux de métal qui tombent sans cesse, elle, danseuse immobilisée à l’hôpital, a filmé une chorégraphie pour une main d’une troublante fragilité.

Dans les salles se croisent donc des incongruités : attention à vos pas, vous risqueriez de marcher sur la minuscule sculpture de Jean-Paul Thibeau, Le grand œuvre de Jean Rémy, qui consiste en une bille de terre placée dans une boîte à hameçon de deux centimètres : placée au milieu d’une salle vide, on marcherait presque dessus si le gardien de salle n’était pas aussi vigilant. Plus loin, vous croiserez une femme tombée à terre, face contre sol, dont l’immobilité cadavérique répond à la Flèche verticale de Daniel Dezeuze, accusatrice et vertigineuse forme vivace. Signée Virginie Barré, cette femme interroge puis amuse, à l’instar de l’invitation faite par Liliana Porter d’arracher les feuilles blanches de son œuvre pour les froisser et les jeter sans ménagement.

Voilà donc une exposition permanente qui n’est pas endormie entre des murs poussiéreux : elle est invitation à toucher, expérimenter, elle est surprenante et formule une histoire d’amour pour l’art contemporain audacieux. Les enfants adoreront ! Et nous aussi.

Informations pratiques :
[sic] au CAPC de Bordeaux
À partir du 13 octobre 2016


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